Pourquoi?

juin 14, 2010

Etre un père en 2010

Filed under: tout ou rien — marcos @ 7:23
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L’image du père a beaucoup évolué. Certains pensent que le féminisme y est pour quelque chose. Sans aucun doute. Entre le papa poule des années 80 et le “nouveau père” des années 2000, les hommes se taillent aujourd’hui un rôle sur mesure. A l’occasion de la Fête des pères, analysons ces changements de plus près !

Souvenez-vous. En 2004 apparaissait un terme pour définir les papas d’un nouveau genre, sorte de superhéros des temps modernes, les “nouveaux pères”. Appuyée par des études très sérieuses comme celle d’Ipsos pour “Enfant magazine”, la conclusion était la suivante : les pères apparaissent aujourd’hui clairement plus impliqués, plus affectueux et plus disponibles que leurs propres pères. Bien. Dans les années 80, on les appelait les “papas poule”. Spécimens tout de même assez rares pour être distingués, et surtout enviés par bon nombre de mères débordées. Ça existait bien quand même à l’époque, le genre de père parfait. En tout cas, on l’a fantasmé dès 1980, quand débarqua sur nos écrans de télévision une série vite devenue culte. Dans “Les Aventures de papa poule”, on suivait la vie de Bernard, la quarantaine éclatante, dessinateur pour la publicité, qui se retrouvait seul à élever ses quatre enfants issus de deux mariages. C’était toujours un joyeux bordel à la maison avec ce père un brin baba cool, ambiance colonie de vacances où les enfants paraissaient tellement heureux… Ce genre de cas de figure, fiction plus que réalité, paraissait extrêmement moderne pour ces années-là, et tous les gosses qui suivaient la série rêvaient d’avoir le même papa. Trente ans plus tard, où en est-on ? Bien sûr, les temps ont changé. Certains, comme Elisabeth Badinter, parlent même de féminisation de la paternité. Dans son ouvrage “L’un est l’autre”, elle l’explique ainsi : « Le maternage n’est plus la seule affaire des femmes. Depuis une quinzaine d’années, s’efface peu à peu dans la plupart des sociétés occidentales la ligne qui sépare le domaine de la maternité de celui de la paternité. Avec la nouvelle paternité, ils affirment leur moi nourricier et une féminité dont souvent ils ignoraient jusqu’à l’existence. » La découverte de la paternité s’exprime aujourd’hui sans pudeur chez les hommes. Pierre, 34 ans, papa de Rose, onze mois, n’a pas peur des mots. « Quand Rose est née, la première impression que j’ai eue, c’est de redécouvrir un sentiment lointain très fort, celui de l’amour absolu que j’ai pu ressentir enfant dans les bras de ma mère. Puis très vite, c’est un sentiment de responsabilité accompagné d’une joie profonde, le sourire béat et la tête dans les nuages… » Les hommes savent désormais changer une couche, préparer un biberon, se lèvent la nuit pour laisser un peu de répit à madame, déposent les enfants à l’école…

Un rôle de père à inventer

La paternité a évolué, les hommes s’impliquent davantage dans le quotidien, certains parlent tout simplement d’une paternité d’un nouveau type, et même d’une paternité à inventer. Pour Guy, journaliste et père de quatre enfants, « Le père ne peut remplacer le rapport charnel que la mère peut avoir avec l’enfant. Son rôle est de l’ouvrir vers l’extérieur ; pour moi, le papa ouvre l’enfant vers le lien social. » Pour Marcel Rufo, le pédopsychiatre star des plateaux de télévision, « les nouveaux pères sont l’une des conséquences des progrès entraînés par le féminisme. C’est bien, mais en même temps c’est une erreur. On n’est pas pareil, on ne donne pas un biberon de la même façon, et il n’y a que les pères pour lancer les bébés ! ». Avec l’arrivée du premier enfant, en devenant père, certains hommes coupent enfin le cordon avec leurs parents. Jean-Philippe, 40 ans et Pierre, 34 ans, sont d’accord sur ce point. « Mes parents se sont transformés en grands-parents, ils n’ont plus aucune autorité sur moi, c’est plutôt le contraire maintenant et je les appelle papy et mamie ! ». Le succès du congé paternité instauré en 2002 a aussi permis aux pères de profiter pleinement de l’enfant. Onze jours à prendre dans les quatre mois qui suivent la naissance, une véritable révolution qu’on pourrait comparer au jour où les hommes ont eu la possibilité d’assister à l’accouchement.. Enfin, là pour le coup, c’est vous qui voyez !

Papa solo

Pour le sociologue spécialiste de la famille François de Singly, « le père idéal est désormais un modèle de présence. Historiquement, il a deux dimensions, son travail et son autorité. Aujourd’hui, cette dernière est remplacée par un autre type de soins aux enfants, qui est la proximité ». Enfin, pour l’instant, les hommes au foyer n’ont pas encore remplacé les femmes et ils ne sont pas encore tous prêts à quitter le bureau plus tôt pour donner le bain du petit. D’après une enquête de l’Ined, les pères réduisent leur activité professionnelle vingt fois moins que les femmes. Souvent, cette nouvelle paternité arrive par la force des choses. En France, 40 % des séparations environ ont lieu durant l’année de la naissance du premier enfant. Les pères sont donc amenés à se débrouiller seuls avec leur progéniture, soit un week-end sur deux, soit une semaine sur deux dans le cas de la garde alternée, car ils sont encore rares à bénéficier de la garde à temps plein. Si aucune statistique réelle n’existe à ce sujet, le porte-parole du ministère de la Justice pour les affaires sociales est formel : en cas de divorce, c’est toujours majoritairement à la mère que les enfants sont confiés.

Une semaine sur deux

Cependant, de plus en plus de couples optent aujourd’hui pour la garde alternée. Le nombre de pères élevant seuls leurs enfants est donc en constante augmentation. Mais on a encore tendance à les considérer comme des “phénomènes”. Jacques, 45 ans, confie : « Cela fait huit ans que je m’occupe de mes deux enfants une semaine sur deux. Quand leur mère et moi nous nous sommes séparés, il me semblait évident d’opter pour la résidence alternée, je n’aurais pas supporté d’être le papa d’un week-end sur deux… Je me sens beaucoup plus impliqué et proche d’eux. Le seul point noir qu’il faut que j’arrive à résoudre, c’est que ma vie personnelle est reléguée au second rang et je n’arrive pas encore à mélanger ma vie d’homme et celle de père… » Au final, si être une “bonne mère” reste le souci permanent des femmes, c’est quoi, être “un bon père” ? Pour Marcel Rufo, « les bons pères sont des pères moyens. Ils sont rassurants. » Voilà, il suffisait juste que cette révélation sorte de la bouche d’un spécialiste !

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Un commentaire »

  1. En effet, l’image du père a beaucoup évolué ces dernières décennies.

    Pourtant il existe encore aujourd’hui beaucoup de discrimination à l’encontre des pères malgré leurs volontés d’éduquer leurs enfants.

    Par ailleurs, le juge statue en fonction de l’intérêt de l’enfant mais la principale difficulté est en l’occurrence, que cette notion n’a pas été définie par le législateur. Cette lacune accroit donc le pouvoir des juges.

    Pour qu’un père existe, il faut nécessairement un enfant, une mère et une société…
    L’importance accorder aux pères, dépend de la place que lui fait la mère, puis de la place que lui donne la société et enfin de la place que lui donne l’enfant.

    Qu’on le souhaite ou non, la paternité est en train de subir un radical changement au même titre que celui du statut de la femme dans notre société.

    Il ne manque plus qu’à nos élus de redéfinir, d’une part la place d’un père dans notre société et d’autre part le statut professionnel de la femme. Ces deux nouveaux rôles s’intègrent bien dans la notion de l’intérêt de l’enfant.

    Commentaire par Danton — juin 21, 2010 @ 2:14 | Réponse


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