Pourquoi?

décembre 6, 2010

My Fair Lady, la comédie musicale

Filed under: tout ou rien — marcos @ 6:05
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Héroïne de Broadway, de Londres et d’Hollywood, Eliza Dootlitte pose, ce Noël, ses valises à Paris. Le Châtelet sera-t-il à la hauteur de My Fair Lady, mythique comédie musicale ? Quelques indices, en coulisses du show…
Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Châtelet, se frotte les mains, et, une lueur espiègle dans les yeux, il raconte : « Quand Cameron Mackintosh (l’un des producteurs de comédies musicales britanniques les plus importants, à qui l’on doit Cats, The Phantom of the Opera, ou Les Misérables, ndlr) a vu ma distribution de My Fair Lady, il a dit : “C’est la dream team ! Une telle qualité de distribution, c’est inégalé !” J’ai même eu le sentiment qu’il était un peu jaloux. » Jean-Luc Choplin s’est imposé, à travers ses cinq saisons à la tête du théâtre, comme le champion du décloisonnement entre les genres : opéra tiré de film (La Mouche, de Cronenberg), opérette déjantée (Le Chanteur de Mexico avec Clotilde Courau), opéra contemporain pointu mâtiné de reality show (Pastorale, de Gérard Pesson) et, souvent pour Noël, une comédie musicale de Broadway, mythique, et où se rencontrent là aussi, tradition populaire anglo-saxonne et beaux chanteurs lyriques. My Fair Lady est considéré par beaucoup comme la comédie musicale parfaite : d’abord, elle est issue d’une pièce classique, Pygmalion, de George Bernard Shaw, elle-même inspirée d’un mythe grec. Et, fait rare, l’adaptation musicale a conservé une très grande partie du texte de Shaw, entre des chansons inoubliables. L’histoire d’Eliza Doolittle, pauvre vendeuse d’oeillets, qui prend son destin en main en demandant au riche professeur Higgins de lui apprendre à bien parler et le pari dudit professeur de la transformer en dame de la haute société constituent à la fois une fine critique du rigide système des classes sociales britannique et un formidable récit d’apprentissage. Et puis il y a l’Histoire : Julie Andrews faisant un tabac à Broadway, et Audrey Hepburn immortalisant à jamais le rôle d’Eliza pour Hollywood. « Quand je suis arrivé à la tête du Châtelet, le public connaissait surtout les comédies musicales à la française, peu celles de Broadway que je programme. My Fair Lady est la plus belle, comme un opéra, avec sa profondeur, sa complexité. Il fallait préparer le terrain. D’abord Candide, de Bernstein, en 2006, et puis West Side Story, On the Town et, l’année dernière, The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur), qui a fait l’unanimité du public et de la presse, ce qui est rare et surprenant. »

Pour assurer une continuité dans la qualité (et le succès bien sûr), Choplin a donc encore traqué les meilleurs ingrédients. Cela commence par Robert Carsen, metteur en scène d’opéra, théâtre et musicals fameux et raffiné qui s’est à son tour mobilisé pour s’entourer d’exception. Dramaturgie, lumières, décors et chorégraphies ont été confiés aux meilleurs dans leur partie. Un exemple? Anthony Powell, créateur de costumes oscarisé par trois fois et chéri aussi bien par Spielberg que Polanski. Idem pour les comédiens : peu connus en France, ils sont pourtant la crème de la scène britannique, comédie, opéra, et comédie musicale confondues. Le rôle d’Eliza est peut-être l’un des meilleurs rôles de femme à jouer, selon Carsen, car « il faut parcourir une grande distance entre les débuts, dans un accent cockney très dur, et la fin, où elle doit faire chanter un anglais très complet. » La jeune première, Sarah Gabriel (qui jouera le rôle en alternance avec Christine Arand), chanteuse lyrique, a été choisie par surprise, parmi 60 distinguées candidates. On comprend la « jalousie » du producteur Mackintosh. Sauf qu’il n’est pas si aisé de passer après le film culte de George Cukor, l’interprétation inoubliable d’Audrey Hepburn, les costumes extraordinaires de Cecil Beaton… Anthony Powell, 75 ans, en a été l’assistant, bien avant My Fair Lady. « C’était un génie. Sur le film, il a fait un travail tellement extraordinaire qu’il m’arrive d’entendre des gens dire que c’était un film sur les chapeaux ! En réalité, les chansons sont magnifiques et pleines d’esprit, et la pièce de Shaw parle de gens qui, en interagissant, grandissent et se découvrent. Beaucoup de choses avaient été coupées du film, qui seront présentes dans cette mise en scène. Les gens pourront voir la pièce comme elle est. »

Lorsque Robert Carsen, au tout début, lui fait part de son désir de déplacer l’intrigue dans le temps, Powell suggère 1930 (au lieu de 1914). « C’est une période très élégante, et la dernière qui représente les valeurs à l’ancienne. Dès 1935, les choses et les vêtements ont commencé à avoir une allure que l’on pourrait adopter aujourd’hui sans que ça choque. » Ce qui arrange Carsen : « l’avant-Seconde Guerre mondiale est une époque d’injustice politique et sexuelle, or Shaw est un défenseur des droits de la femme. Et puis, c’est une Angleterre qui a ensuite disparu. Avoir un accent “cockney” (typique de la classe ouvrière londonienne, ndlr) comme Eliza au début de la pièce était discriminant : elle ne pouvait pas être embauchée dans un vrai magasin de fleurs. Aujourd’hui, en Angleterre, les gens les plus célèbres, comme Lily Allen, ce sont justement les cockneys ! » Quant au sens de la pièce, Carsen a voulu, là encore, souligner sa vision. « C’est très curieux : dès la sortie de la pièce de théâtre, en 1914, Shaw a dû écrire deux articles pour justifier la fin de la relation entre Higgins et Eliza. » Le public s’était immédiatement approprié la pièce, et demandait un happy end. Ils finissent par l’obtenir en 1964, avec le film de George Cukor. Mais il affadit « ce que j’aime dans la pièce originale, admet Carsen : une femme qui prend sa vie en main ». Une promesse de satisfaire aussi bien les romantiques que les militants ? Pour ce qui est de faire du très beau, il fallait être collégial. Anthony Powell a imaginé 300 costumes simples et élégants , qui brilleront dans l’écrin d’un décor clair. Une surprise, voulue elle aussi par Carsen pour qui Londres est une ville lumineuse, loin des représentations obscures et touffues que l’on a souvent de son début de siècle. « Le plus surprenant, conclut Robert Carsen, c’est que j’ai commencé à travailler en pensant connaître la pièce. De fait, je connaissais les chansons par coeur. Mais je la redécouvre. Il y a quelque chose de miraculeux dans tout cela : une pièce sur l’élocution, ça ne devrait pas marcher ! Je suis chaque jour étonné par la qualité de la musique, des paroles. My Fair Lady est une sorte de chose parfaite, et sans aucun cynisme. Aujourd’hui, on essaie souvent de manipuler les sentiments du public avec des énormes machines. Là, la qualité vient surtout d’un vrai amour pour le genre, beaucoup de plaisir, et une écriture merveilleuse. ».

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