Pourquoi?

octobre 3, 2011

Mouvement esthétique au musée d’Orsay

Filed under: tout ou rien — marcos @ 6:22

Au XIXe siècle, dans l’Angleterre victorienne, un courant artistique érigea le culte de la beauté comme unique dogme. Le musée d’Orsay nous dévoile les chefs-d’oeuvre de ce “Mouvement esthétique” peu connu en France, dont faisait partie Oscar Wilde. Une bande de précurseurs à découvrir. Tout art est immortel. Car l’émotion pour l’émotion est son objectif alors que celui de la vie est l’émotion pour l’action. » Derrière cette phrase, signée par “Le Critique en tant qu’artiste”, se cache Oscar Wilde. Elle est à lire sur l’un des murs de l’exposition que propose actuellement le musée d’Orsay, adaptée de celle organisée au Victoria & Albert Museum à Londres l’hiver dernier. Une exposition dédiée au Mouvement esthétique qui ébranla l’Angleterre victorienne. Cette nouvelle vision de la beauté va sévir dans ce XIXe siècle avec une approche aussi intellectuelle qu’artistique. Et cette phrase d’Oscar Wilde est peut-être celle qui résume le mieux l’état d’esprit de ces artistes, où la recherche de l’émotion à travers la beauté est omniprésente, tout désireux qu’ils étaient d’en finir avec les carcans et les diktats qui sévissaient à cette époque dans la société britannique. Parmi eux, on compte Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones, William Morris, James Whistler ou encore Oscar Wilde, associés à ce mouvement qu’on a appelé l’“Aesthetic Movement” (“le mouvement esthétique”). Des esprits audacieux jusque dans le choix de leurs muses, préférant des jeunes femmes à la personnalité forte, dont l’apparence physique et le mode de vie sortent aussi des conventions. Elles sont sensuelles, charnelles, leurs beautés retranscrites sur la toile frappent tant elles font écho au style préraphaélite, dont Rossetti fut l’une des grandes figures. La référence à Botticelli n’est donc pas loin quand on voit ces femmes langoureuses dans des robes fluides. L’influence de la musique est aussi bien présente dans les tableaux à travers les instruments, tout comme celle des légendes grecques ou médiévales. L’“Aesthetic Movement” va toucher la peinture, la photographie, le dessin, la littérature, le design avec un intérêt de plus en plus grand pour la décoration intérieure et les arts décoratifs, mais aussi la mode incluant logiquement une certaine nouvelle façon de vivre, entre bohème décadente et romantisme naïf. Cette exposition offre un beau panorama de cette scène artistique peu connue en France, laissant admirer dans une superbe mise en scène peintures, mobilier, objets de décoration, vêtements de l’époque, gravures satiriques et sculptures. La revendication de l’art pour l’art, et de rien d’autre, a donc fait surgir une nouvelle façon de peindre et de penser. Autre influence esthétique qui montre leur ouverture d’esprit, l’Asie, avec d’une part la porcelaine blanche et bleue de Chine et, de l’autre, les estampes japonaises qui vont profondément influencer ces artistes. La porcelaine de Chine va vite devenir une référence quasi fétichiste ; Oscar Wilde y succombe au point d’en remplir ses chambres et d’admettre qu’il est de plus en plus difficile de « rester à la hauteur ». Whistler et Rossetti collectionnent aussi la porcelaine blanche et bleue, elle fait même partie du décor de certains de leurs tableaux. A cette époque, en 1850, le Japon s’ouvre au commerce après une longue période d’isolement que le pays s’était imposé. Les objets nippons commencent donc à affluer en Europe et les artistes vont s’y intéresser de très près. Whistler compte parmi les premiers à acquérir des estampes japonaises, des textiles, des céramiques, tout comme Rossetti et Godwin. Puisque ces “esthètes” s’intéressent aux nouveaux canons de la beauté, ils vont tenter de promouvoir des vêtements qui mettraient davantage en valeur le corps de la femme et ses formes naturelles, rejetant ainsi le corset. Un début de féminisme ? Sans aucun doute. Ces artistes précurseurs ont une vision de la femme émancipée et voluptueuse. Si la mode ne reprendra pas tout de suite cette idéologie moderne, certaines chercheront tout de même vers 1870 à s’habiller “artistiquement”, puisant leur inspiration pour leur vestiaire dans les peintures préraphaélites. Cela donnera des vêtements lâches, simples et drapés depuis les épaules avec des manches amples, tout en laissant les cheveux libres. A travers le parcours de l’exposition, on voit comment ce mouvement agissait aussi en interaction avec l’univers de la décoration. En témoignent le papier peint d’un raffinement absolu, tout comme les paravents ultra-travaillés et japonisants à souhait, d’une modernité incroyable parfois, à l’image de la théière carrée de Christopher Dresser, l’un des designers les plus importants de l’époque victorienne. La beauté comme art de vivre et d’être, voilà qui laisse songeur quand on arrive au terme de cette magnifique exposition.

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