Pourquoi?

mai 30, 2011

La rue Saint-Antoine, toute une histoire !

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Elle fait partie des larges artères du centre de Paris mais en fait, elle s’achève bien vite, la rue Saint-Antoine. Démarrant place de la Bastille, elle finit au métro Saint-Paul pour laisser la place à la rue de Rivoli. Dans ce quatrième arrondissement devenu bourgeois, on sort de l’agitation du 11ème pour retrouver celle du Marais. Un livre retraçant l’histoire de la rue vient de sortir, l’occasion de s’y plonger et de parcourir les adresses incontournables des gens du quartier.

Gavroche a usé ses pavés. Oui, oui. Sauf qu’à l’époque, vers 1832, la rue Saint Antoine avait un autre nom, celui du maire de Paris de l’époque, François Miron. C’est ici que le gamin de Paris aurait rencontré ses petits frères les Thénardier, ça, c’est Victor Hugo qui l’a écrit. La rue est très populaire, elle le sera jusqu’aux années 1960, où Charles de Gaulle, avec le ministre de la Culture de l’époque, l’écrivain André Malraux, décide d’entreprendre un grand plan de nettoyage de Paris. Les façades des monuments comme celles des immeubles sont encrassées et gigantesques, il faut leur redonner une nouvelle vie. Une nouvelle loi sur la copropriété va aussi tout chambouler. En effet, jusque-là, la plupart des immeubles parisiens appartenaient à un seul propriétaire qui mettait ses appartements en location. Avec cette loi, on peut désormais diviser les maisons en différents lots, ou vendre une seule chambre par exemple et, du coup, se retrouver avec plusieurs propriétaires. Conséquence, c’est à partir de cette époque que les prix de la pierre commencent à grimper à Paris et que l’aspect du quartier populaire de la rue Saint-Antoine change. On commence à revaloriser le coeur historique de Paris et le Marais. Les familles émigrées, installées pour la plupart depuis les années 20 comme les Polonais, les Tchèques ou les Italiens, et qui contribuent à la vie cosmopolite du quartier, doivent pour certains opter pour la banlieue, d’autant plus qu’on leur promet de grands logements flambant neufs avec les premiers programmes de HLM. C’est aussi dans les années 20 que les paysans de Montreuil, avec leurs charrettes à chevaux remplies de primeurs, passent par la rue Saint- Antoine avec leur chargement pour livrer les Halles. Ces scènes seront décrites dans l’un de ses livres par Georges Simenon, qui n’habitait pas loin, place des Vosges. L’historien Claude Dubois y a comme Gavroche usé ses souliers, ayant passé toute son enfance rue Saint-Antoine. Une grand-mère adorée chez qui il passait beaucoup de temps, puis ses années collège au lycée Charlemagne le marqueront à vie. D’ailleurs, le monsieur n’a toujours pas quitté le quartier aujourd’hui, preuve qu’il y est attaché. Pour lui, l’idée d’écrire sur l’histoire de cette rue en y mêlant ses souvenirs personnels est donc venue tout naturellement. « Je me souviens, dans les années 50, j’étais adolescent. J’aimais l’ambiance de l’automne dans cette rue. Il y avait plein de marchandes de quatre saisons en bottes fourrées et qui se réchauffaient comme elles pouvaient près d’un poêle. C’étaient des petites voitures chargées de fruits et de légumes, elles étaient là tous les matins, et puis à partir de 17 heures jusqu’au soir. Dans la rue, il y avait aussi plein de bouchers et de poissonniers, des grainetiers, des marchands de vin. Les bars étaient de vrais points de rendezvous. Tout se passait au comptoir, du coup, cela facilitait le dialogue entre gens du quartier. » Un autre souvenir, celui de sa cousine plus âgée, lui revient : en 1940, les réfugiés du nord de la France qui fuyaient la guerre à l’Est sont entrés dans Paris par la rue Saint-Antoine. A partir des années 70, celle-ci ne fera qu’embellir. La communauté homosexuelle s’installe à Saint-Paul et le quartier devient branché, concurrençant même les Halles. Aujourd’hui, l’artère est devenue une rue dédiée au shopping. Toutes les enseignes essentielles sont là : The Kooples, Bel Air, Princesse Tam Tam, Kookaï, Comptoir des Cotonniers… Et puis, il y a des adresses plus confidentielles que nous avons eu envie de découvrir. Bonne balade !

mai 23, 2011

La mode des pirates

Filed under: tout ou rien — marcos @ 8:00

Alors que le flibustier le plus célèbre d’Hollywood se lance de nouveau à l’abordage des écrans dans Pirates des Caraïbes 4, son style n’a jamais été autant à la mode. Dans les vêtements, les bijoux, ou même niché dans les esprits rebelles, de Greenpeace à l’artiste Banksy : le pirate, personne ne le rate !

Une chemise un peu bouffante pour vous faire paraître ébouriffante. Un pantalon corsaire à la fois léger et habillé. Un foulard sur la tête pour se protéger du soleil, bien plus fashion qu’une casquette. Une paire de cuissardes qui vous a permis de passer l’hiver sans sourciller. Comme, jadis, les flibustiers faisaient la loi sur les océans, le look pirate a arraisonné les garde-robes d’aujourd’hui ! D’ailleurs, s’inspirant directement du film Pirates des Caraïbes : la Fontaine de jouvence, la marque Uniqlo vient de commercialiser une ligne de T-shirts design, tendance marins et têtes de mort, à la fois branchée et casual. Autre accessoire de mode très tendance : les “pirate boots”, ceintes de lanières de cuir, qui allient la robustesse et le côté sexy à la Lara Croft, au point d’avoir convaincu les créateurs de marques aussi diverses qu’Asos, Boohoo, Vivienne Westwood (la créatrice britannique, toujours à la pointe des tendances, avait lancé une fameuse collection “Pirate” il y a tout juste trente ans), New Look ou Topshop qu’il allait être impossible de passer à côté de cet objet indispensable à toutes les citadines.

Plus bling-bling, mais en même temps fidèles à l’univers des pirates, sans cesse à la poursuite de trésors toujours plus clinquants : les bijoux ! Créée par la célèbre maison de joaillerie Swarovski, toute une gamme d’objets d’orfèvrerie “pirate” vient de faire son apparition sur le marché. De la bague au bracelet à tête de mort (de la série “Skulls”), du pendentif marin (de la série “High Sea”) au collier arborant un drapeau pirate, vous ne pourrez plus cacher votre admiration pour les écumeurs des mers. A moins que vous ne leur préfériez des bijoux plus discrets, mais tout autant dans l’air du temps car inspirés de ceux portés dans le film par Penélope Cruz (la série “Angelica”, du nom de l’héroïne latine qui fait très conquistador espagnole glamour) et par Johnny Depp alias Jack Sparrow (la série “Black Pearl”).

Car il faut bien l’avouer, si Jack n’est à l’origine qu’un aventurier des mers qui passe sa vie dans l’humidité des cales des rafiots, Johnny Depp a réussi à en faire le pirate le plus dandy de la planète. Portant la bague comme personne, capable de convaincre n’importe quelle femme qu’on peut transformer un pantalon troué en “masterpiece” pour fashionista, l’acteur est pour beaucoup dans l’essor de la mode corsaire. La star d’Hollywood a d’ailleurs travaillé lui-même en détail son look dans le film, s’inspirant fortement de son idole Keith Richards. Au point d’avoir même influencé la cosméto avec son désormais incontournable trait sous les yeux. De quoi inspirer des marques de make-up comme Urban Decay, qui vient de lancer en exclusivité chez Sephora sa Black Palette customisée à l’image du film. Pour prolonger l’aventure “Pirates des Caraïbes” jusqu’au bout des ongles, OPI propose de son côté une collection de vernis inspirée du film.

Mais l’influence du pirate dans notre société ne se limite pas à du fard à paupières, un pantalon moulant ou une paire de bottes. Forts d’un univers riche en artefacts, les pirates sont surtout porteurs d’un esprit de liberté, certes à la limite de la légalité, qui a tendance à séduire dans notre société où tout est réglementé. D’ailleurs, l’étymologie de “pirate” vient en partie d’un mot grec signifiant « tenter sa chance, aller à l’aventure ». Bien sûr, la plupart de ceux qu’on appelle aujourd’hui “pirates” n’ont plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres des mers. Celui qui, dès son premier clic, télécharge illégalement un film ou une chanson, est appelé ainsi. Il passera toutefois pour un marin d’eau douce à côté de Kevin Mitnick, hacker qui, après avoir infiltré le système informatique du Pentagone, collabore désormais avec les services secrets, ou encore, plus récemment, du Frenchie de 25 ans qui a réussi à pirater le compte Twitter d’Obama. De “vrais” pirates, bien plus sanglants ceux-ci, écument depuis quelques années les eaux au large de la Somalie, gagnant, au passage, des dizaines de millions de dollars par an. Nettement plus fréquentables, ceux qui, partant en guerre pour des causes plus nobles – à leurs yeux – que le simple profit, font de la piraterie le combat de leur vie. C’est le cas de Paul Watson, co-fondateur de Greenpeace qui, reprochant à l’association son manque d’action, a préféré se battre concrètement pour protéger la faune marine. Parcourant les mers à bord du Sea Shepherd, son vaisseau battant pavillon noir, le vieux loup de mer mène avec son équipage de bénévoles une guerre économique contre les chasseurs de baleines en arraisonnant les bateaux, intimidant surtout les assureurs qui refusent désormais de couvrir les embarcations (informations sur http://www.seashepherd.org). Tout aussi politique et revendicatif, le mystérieux Julian Assange, fondateur de Wikileaks, dévoile sur l’internet les coulisses de la diplomatie mondiale et de divers conflits. Mais on peut lui préférer le bien plus poétique artiste Banksy, qui bouleverse l’art établi en accrochant par exemple clandestinement ses propres tableaux à la Tate Gallery, à Londres. Tous risquent cependant la sanction de la loi, tandis que Jack Sparrow, lui, se la coule douce depuis des années. Pirate à Hollywood, un métier en or ! Enfin, tant que la série à grand spectacle marche…

mai 9, 2011

Buzz et scoops Cannes 2011

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Les tsunamis nous submergent, les centrales nous atomisent, les dictatures s’écroulent… Bref, le monde continue de tourner – au propre comme au figuré – et d’exposer ses films dans la plus belle des vitrines : le Festival de Cannes. Entre les grands auteurs toujours présents, les stars glamour et les grosses machines impossibles à rater, on va encore se bousculer sur la Croisette ! Petit passage en revue des probables moments forts.

Cette année plus que jamais, le Festival de Cannes met les femmes à l’honneur. Et ce, dès l’affiche de cette 64e édition qui reprend une superbe photo de Faye Dunaway par le cinéaste Jerry Schatzberg : son visage angélique se détachant sur fond noir, ses jambes nues et interminables comme « des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie », pour citer François Truffaut… Un hommage à la beauté éternelle des grandes actrices. C’est d’ailleurs notre fière représentante du moment, la comédienne, chanteuse et bientôt réalisatrice Mélanie Laurent, qui ouvrira le bal le 11 mai en ajoutant comme corde à son arc celle de maîtresse de cérémonie. Un bal qui comptera plus de réalisatrices qu’à l’accoutumée, avec notamment la présence remarquée de Jodie Foster. Dans son Complexe du castor (hors compétition), elle réussit à faire jouer les ventriloques dépressifs à Mel Gibson. Tout aussi étrange, le premier film de Julia Leigh, Sleeping Beauty, dans lequel une étudiante rejoint le groupe des “beautés endormies” qui, contre rémunération, s’endorment et se réveillent sans savoir ce qui leur est arrivé pendant la nuit. Plus réaliste, We Need to Talk about Kevin de la Britannique Lynne Ramsay, sur une mère (Tilda Swinton) qui se remémore sa vie pour comprendre ce qui a conduit son fils à commettre l’irréparable. Réalisé par un homme, Radu Mihaileanu (Le Concert), La Source des femmes nous emmène dans un petit village d’Afrique du Nord où des porteuses d’eau (dont Leïla Bekhti, Hafsia Herzi et Hiam Abbass), se pliant à la tradition, se mettent à faire la grève de l’amour tant que les hommes ne mettront pas la main à la pâte. Autres femmes à l’honneur également, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg ou encore Charlotte Rampling, menacées par la collision imminente de la Terre avec une autre planète dans Melancholia, sous le regard de Lars Von Trier, un réalisateur qui sait pousser ses actrices dans leurs derniers retranchements. Une mobilisation féminine qui ne devrait pas manquer de séduire les quatre femmes du jury, avant que le Festival ne s’achève en beauté(s) avec la présence en clôture, sur scène et sur l’écran, de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni et Ludivine Sagnier, les héroïnes du fort bien nommé Les Bien-Aimés, nouvelle comédie musicale de Christophe Honoré (Les Chansons d’amour).

Mais un Festival de Cannes n’en serait pas un sans ses valeurs sûres. Ses “abonnés”, comme on dit. Ceux dont le président Gilles Jacob aime à suivre la filmographie sur plusieurs années, après leur avoir souvent mis le pied à l’étrier. Ceux dont on pense souvent : « Encore eux ! », mais qu’on a, mine de rien, toujours plaisir à retrouver. Symbole de ces dinosaures du septième art qui ne sont pas près d’être menacés d’extinction : Woody Allen qui, refusant toujours la compétition, a accepté cette fois-ci d’ouvrir les festivités avec son très attendu Minuit à Paris, où comment la capitale romantique va remettre en question la vie d’un futur jeune marié (Owen Wilson). Personne ne sait encore si cela est dû à la présence de Carla-Bruni Sarkozy au casting… Autre dinosaure, ibérique celui-ci : Pedro Almodóvar, qui retrouve son acteur fétiche Antonio Banderas pour en faire un chirurgien esthétique inventeur d’une peau artificielle dans La piel que habito. Une présence remarquée qui, aux côtés des déjà palmés d’or Lars Von Trier, des frères Dardenne pour leur Gamin au vélo, ou de Nanni Moretti pour son Habemus papam, a de quoi donner du piment à la compétition.

Pays organisateur de la compétition, la France se devait d’aligner des représentants de choix. C’est chose faite en la personne de Bertrand Bonello dont L’Apollonide, montrant le quotidien d’une maison close, risque de faire parler. Idem pour l’anticonformiste Alain Cavalier qui, avec son Pater, docu-fiction décalé avec Vincent Lindon dans son propre rôle, ne laissera pas indifférent. Egalement en lice, la jeune Maïwenn, saluée par la critique pour Le Bal des actrices, et qui avec Polisse s’immisce dans les coulisses d’une police pas si lisse.

Les surprises attendues Mais Cannes ne serait pas Cannes sans son lot de films que tout le monde attend et qui devraient créer l’événement, comme The Tree of Life de Terrence Malick. Le réalisateur aussi rare que culte (La Balade sauvage, Les Moissons du ciel, La Ligne rouge) s’offre ici un casting d’exception avec Brad Pitt et Sean Penn. Sean Penn qu’on retrouvera également, méconnaissable en ex-star du rock gothique décidant de venger son père décédé, dans This Must Be the Place. De quoi créer l’évé nement, mais peut-être moins que La Conquête de Xavier Durringer, sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, porté par un Denis Podalydès criant de mimétisme. Ceux qui rêvent d’une montée des marches commune – enfin, plutôt peu commune… – de Denis “Sarko” Podalydès et de Carla (pour le Woody Allen) devront sans doute se contenter de stars plus conventionnelles comme Johnny Depp et Penélope Cruz, à l’affiche de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence présenté hors compétition. Voire de Jean-Paul Belmondo à qui le Festival rend hommage cette année, ou de son successeur légitime dans le cinéma français, à savoir Jean Dujardin qui viendra défendre hors compétition The Artist, un film entièrement muet qui va sans doute faire grand bruit sur la Croisette. Et c’est ainsi qu’enivré par cette touche féminine du cru 2011, bluffé par les cadors du septième art, ou surpris par les jeunes qui osent, Robert De Niro, accompagné d’Olivier Assayas, d’Uma Thurman, de Johnnie To ou de Jude Law, remettra les prestigieux trophées aux heureux élus le soir du 22 mai. Avec une Palme d’or qu’on espère moins hermétique que l’an passé. Car si Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures se souvient effectivement de sa Palme d’or, le grand public, lui, n’a pas été tellement marqué. Ceci dit, s’il prenait à ce bon vieux De Niro de célébrer comme son prédécesseur Tim Burton un film improbable, un simple “You talking to me !” façon Taxi Driver suffirait à faire taire les critiques. Alors Bob, c’est à toi de jouer !

mai 2, 2011

Le cinéma grec retrouve du mordant

Filed under: tout ou rien — marcos @ 8:46
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Alors que la Grèce est en train de traverser l’une des pires crises de son histoire, son cinéma n’a jamais été aussi dynamique. Emergence de films choc comme “Canine” et de nouveaux talents, bouleversement du système de production… Le cinéma grec vit sa nouvelle vague. Reportage à l’occasion du récent Festival du film francophone qui, signe des temps, a remporté lui aussi un franc succès.

Vous ne connaissez du cinéma grec que Theo Angelopoulos et son “Pas suspendu de la cigogne” tellement suspendu qu’on se demande si le projectionniste n’a pas appuyé sur pause ? Pour vous, la Grèce au cinéma se résume à Anthony Quinn habillé en costume folklorique et entamant son célèbre sirtaki dans “Zorba le Grec” ? Ou à “L’Attaque de la moussaka géante”, film culte au demeurant, surtout pour son côté nanar proche du sublime, mais datant de plus de douze ans ? Eh bien, il est temps de mettre votre montre à l’heure d’Athènes ! On sait que ce sont les Grecs qui, dans l’Antiquité, ont inventé le spectacle vivant tel que nous le connaissons aujourd’hui. Ce qu’on sait moins, c’est qu’entre 1955 et 1969, la Grèce était le pays qui produisait le plus de films par habitant. Puis, malmené par les dictatures, affaibli par la crise, étouffé par des monstres sacrés comme Angelopoulos, certes Palme d’or en 1998 pour “L’Eternité et un jour” et régulièrement invité au Festival de Cannes pour y montrer ses très longs plans-séquences, mais surtout gourmand en subventions nationales, le cinéma grec a périclité, et les salles avec lui. Heureusement, la tendance semble aujourd’hui s’inverser, avec l’émergence des multiplexes et la rénovation d’anciens cinémas. Et même si ce nouvel engouement est surtout concentré à Athènes et Thessalonique, les spectateurs retrouvent le chemin des salles obscures, tandis que les professionnels du cinéma grec renouent avec un esprit de rébellion un peu perdu. C’est ainsi qu’en novembre 2009, 140 d’entre eux, dont l’éminent Costa-Gavras, ont menacé de boycotter le Festival international du film de Salonique pour faire pression sur leur ministère de la Culture et démanteler un système de financement sclérosé. Un mouvement porté par le collectif “Cinéastes dans le brouillard”, qui a réussi à faire évoluer la loi, redonnant ainsi espoir et ambition au cinéma grec.

Le cas le plus marquant de cette envie de cinéma faisant fi de la crise économique et du système est sans doute “Strella” de Panos H. Koutras. Porté par le succès considérable de son “Attaque de la moussaka géante”, Koutras a pourtant eu bien du mal à trouver des financements pour son nouveau projet. Il faut dire que “Strella” raconte l’histoire d’un transsexuel à la recherche de son fils : un sujet qui a certainement effrayé les investisseurs, mais qui n’a pas découragé son réalisateur. S’autoproduisant en s’endettant jusqu’au cou, celui-ci a réussi à boucler son film, qui a concouru dans vingt festivals internationaux. L’Etat a finalement décidé de voler au secours du réalisateur en effaçant ses dettes. Comme souvent avec les cinémas émergents (ou ré-émergents), la tendance en Grèce est aux films sociaux. Les cinéastes grecs veulent ainsi témoigner de la crise qui les touche, du chômage galopant, des restrictions drastiques, de l’immigration venue des Balkans… Tourné en 2007, et montrant la réinsertion impossible d’un homme sorti de prison qui traîne avec des SDF en plein coeur d’Athènes, “Réparation” de Thanos Anatopoulos est un très bon exemple de ces préoccupations sociales, d’autant qu’il n’hésite pas à aborder le sujet des conflits ethniques qui gangrènent le pays. Idem pour “Delivery” signé par un cinéaste bien installé, Nikos Panayotopoulos, qui a su se renouveler en filmant l’errance d’un jeune homme pauvre dans les quartiers glauques d’Athènes. Comme celui d’Exarchia, bohème à tendance anarchiste, où, selon un jeune Grec, « si tu as le malheur d’y garer ta voiture le soir, on te la brûle la nuit », mais où la jeunesse fait aussiu preuve d’une grande vitalité artistique.

Sans le sou, l’avant-garde grecque se débrouille comme elle peut pour financer ses projets. En ce sens, le film français “Donoma” représente pour elle un formidable exemple. Présenté au Festival du film francophone dans une salle remplie d’étudiants en cinéma plus qu’enthousiastes, ce film du jeune réalisateur Djinn Carrenard (qu’on découvrira en France en octobre) a suscité l’enthousiasme. Et pour cause, il a été tourné pour seulement 150 euros et a forcément donné des envies et des idées à ces jeunes artistes en montrant qu’avec de la jugeote, du système D et une persévérance à toute épreuve, de petits chefs-d’oeuvre pouvaient voir le jour. D’autres films ont été achetés par Canal+, comme le court-métrage expérimental “Casus Belli” de Yorgos Zois, l’ancien assistant d’Angelopoulos. Certains ont remporté des prix dans des festivals internationaux, tel “Attenberg” d’Athina Rachel Tsangari qui a vu son interprète Ariane Labed récompensée à Venise. Et enfin, quelques-uns, comme le bien nommé “Canine”, ont montré que le cinéma grec est capable de s’exporter avec mordant et de sortir du ghetto dans lequel on avait pu le confiner. Cet étrange huis clos signé Yorgos Lanthimos, sur une famille vivant coupée du monde, a bluffé tout le monde au point de remporter le Prix de la jeunesse et le prix Un certain regard à Cannes en 2009 et d’être nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Une belle façon de se rendre définitivement compte que malgré l’adversité, la culture est inaliénable, que la pellicule renaît toujours de ses cendres, et que fiction grecque ne rime pas forcément avec tragédie.

avril 26, 2011

Mariage royal de William et Kate

Filed under: blogs — marcos @ 3:59

Vendredi, c’est le grand jour ! Le mariage royal de William et Kate va être suivi en direct par des milliards de Terriens passionnés ou simplement curieux. Nous nous sommes penchés sur ce phénomène qui en dit long sur notre besoin et notre envie de rêver en ces temps difficiles.

Le mariage de William et Kate

Le compte à rebours a démarré. A la fin de la semaine va avoir lieu le mariage le plus médiatisé depuis que la monarchie anglaise existe, c’est dire. Bien sûr, les médias traditionnels y sont pour quelque chose, mais l’internet a changé la donne. Entre les paris en ligne, l’application dédiée sur Facebook intitulée Royal Wedding Predictor où vous pouvez poster vos spéculations sur le déroulement du mariage, et surtout la cérémonie qui va être retransmise en direct sur YouTube via The Royal Channel, le buzz est immense. Nous mêmes relayons l’événement mondain. Pas parce qu’il faut absolument en parler, mais parce que l’ampleur de cette saga romantico-royale nous a amusés et nous a donné envie d’analyser le phénomène. Si, en 1981, ce ne sont pas moins de 600 millions de téléspectateurs du monde entier qui ont suivi le mariage du prince Charles avec Lady Di, en 2011, ce sont deux milliards de personnes qui vont être captivées par les noces de leur fils aîné. Après Charles et Diana, voici donc le temps de William and Kate. Trente ans pile sont passés, et les parallèles avec la charismatique et combien regrettée Lady Di ne font que commencer pour mademoiselle Middleton. Le jour J, le fantôme le plus glamour de la famille royale anglaise risque bien de planer sur la cérémonie. Il suffit d’ailleurs de déambuler dans le magnifique Kensington Palace, à Londres, pour avoir le sentiment que Lady Di est encore parmi nous… Une exposition s’y tient en ce moment, à la fois ultra-loufoque dans sa mise en scène et majestueuse dans l’esprit, qui revient sur les sept princesses anglaises ayant marqué leur temps : Marie, Anne, Caroline, Charlotte, Victoria, Margaret et, bien sûr, Diana. Dans la capitale anglaise, l’effervescence est palpable. Début mars déjà, les rumeurs bruissaient quant au carrosse qui allait être sorti du Royal Mews et aux chapeaux de chez Fortnum & Mason que les filles proches de la mariée allaient arborer ; Westminster Abbey, où va être célébré le mariage, se faisait une dernière grande beauté. Où Kate va-t-elle passer sa dernière nuit de célibataire ? Quel grand styliste – anglais, of course – aura l’honneur de créer sa robe ? Ou encore, quel titre va-t-elle porter une fois passée la “ring” au doigt : princesse Kate ou princesse William, comme le voudrait la tradition ? Ah, et bien sûr, quel diadème Queen Elisabeth va-t-elle offrir à la future princesse ? Bref, des tas de questions existentielles, et zéro réponse… Mais cela n’a pas empêché les magazines du monde entier, people or not, d’en faire des pages et des pages. Quand l’actualité s’avère en outre assez peu riante, entre la catastrophe nucléaire au Japon et la guerre en Libye, voilà la seule réjouissance planétaire qui nous attend et qui va être fédératrice le temps de quelques heures ce vendredi. En un mot, place au rêve ! Pourtant, sur ce sujet, William and Kate ne semblent pas être sur la même longueur d’ondes que nous. Un rêve qui se fissure ? Les temps sont au profil bas, sans aucun doute parce que la santé économique de la Grande-Bretagne n’est pas au beau fixe et que, pour faire avaler la pilule de la note (astronomique) du mariage princier, mieux vaut ne pas trop la ramener. Car si la reine mère paie le mariage lui-même, et si on imagine que beaucoup de choses vont être offertes vu la publicité que cela va engendrer pour les différentes maisons qui y participent, ce sont les Anglais qui vont régler tous les frais liés à la sécurité du mariage. Vu tout le beau linge présent, on ne va pas lésiner sur ce point ! Les chefs d’Etat ne sont pas invités, mais les personnes les plus riches du monde, recensées par le magazine américain Forbes dont c’est la spécialité, seront de la party. Il faudra compter sur le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, classé numéro trois sur la liste des personnalités les plus puissantes de la planète, ou encore le sultan d’Oman, qui feront sans doute un beau cadeau au couple ! Côté people, il y aura bien sûr David Beckham, Paul McCartney, Mick Jagger ou encore Elton John. Et qui devrait pousser la chansonnette ? George Michael (si l’invitation lui parvient à temps), qui vient de reprendre le tube de Stevie Wonder, You and I. Why ? Because le chanteur aimait beaucoup Ladi Di. Les bénéfices du single seront reversés à l’une des oeuvres caritatives dont s’occupe le couple. Par ailleurs, à une semaine du mariage, les langues commencent à se délier un peu en coulisses. Le New York Times ironisait d’ailleurs mercredi dernier sur le fameux menu servi aux invités, avançant qu’ils ne devraient pas trop s’inquiéter sur la bienséance à table puisqu’un vrai repas ne leur sera vraisemblablement pas servi. Les 650 invités attendus à la réception du déjeuner n’auront ainsi droit qu’à des canapés et à du champagne… Souci d’économie de la part de Mum Elisabeth ? En tout cas, c’est une façon de régler un autre souci de taille, les fameux placements de table ! L’un des chefs cuisiniers de la famille royale confiait au grand quotidien américain : « C’est plus pour être vu que pour revenir d’un fantastique repas que vous êtes là. » Pour justifier cette décision pour le moins inattendue, il paraît que la capacité des cuisines de Buckingham Palace sera limitée à 150 couverts. Finalement, le rêve princier serait donc en train de se fissurer. Le faste, s’il y en a, sera réduit au strict minimum visible. Vous n’avez pas remarqué que Kate et William se donnent un mal fou pour renvoyer l’image de Monsieur-et-Madame-tout-le-monde-biensous- tous-rapports, quitte à casser un peu le rêve collectif ? Prenons l’histoire du diadème par exemple. Kate aurait demandé à porter à la place une couronne de fleurs… Elle voudrait donc nous priver de l’accessoire qui fait fantasmer toute la gent féminine ? Sans parler de ses tenues ultrasobres et classiques un brin rasoir, qui font tellement petite fille sage, quand on la verrait bien un peu plus rock, voire glam… La seule légère excentricité qu’on peut lui accorder réside dans le choix de ses chapeaux et autres bibis. On est anglaise ou on ne l’est pas ! Le grand magasin chic Fortnum & Mason a d’ailleurs inauguré il y a quelques mois un “hat corner” dédié aux marques préférées de Kate (pas Moss, hein !). Au premier regard, on pourrait penser qu’ils font un peu mémé, tous ces couvre-chefs. Et puis, en les mirant de plus près, on y voit toute l’excentricité british concentrée. Le vendeur nous a même fait le coup du gossip boy. « Vous voyez le grand, là, Kate le portait la semaine dernière ! » On écoute et on fait mine de se passionner… Au rez-de-chaussée du magasin, le rayon épicerie fine s’est aussi mis au diapason du mariage royal, version gourmande : des boîtes de thé avec les deux futures têtes couronnées, des mugs et des assiettes en porcelaine “William and Kate” ou encore des boîtes de sablés so chic… Le tout en tête de gondole bien évidemment ! Il est encore un peu trop tôt pour savoir combien va rapporter tout ce merchandising autour du mariage, mais il fait certainement partie du plan de relance du pays, et certains misent déjà sur 607 millions d’euros (source kelkoo.com). Enfin, si le couple peut paraître un poil trop lisse pour l’instant, il se veut bien de son temps. Will n’est certainement pas du genre à twitter toutes les deux minutes sur ses moindres faits et gestes, mais les amoureux ont une page Facebook dédiée au mariage où les félicitations de fans s’accumulent ; le réseau social s’est bien évidemment pris de passion pour leur histoire d’amour. C’est le mariage royal version 2.0, une grande première qu’il ne faudra pas rater… Alors tous devant vos ordinateurs, vendredi 29 à 10 heures !

avril 4, 2011

Galeries Lafayette : la Parisienne

Filed under: tout ou rien — marcos @ 6:21
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Les Galeries Lafayette présentent actuellement une série d’événements autour d’une figure du style qui, depuis longtemps, fascine le monde entier : la Parisienne. L’occasion de se demander un peu ce qui fait d’elle un être tellement à part.

Sous la houlette d’Inès de la Fressange, chantre de l’élégance parisienne qu’on ne présente plus, le haut lieu de la capitale s’habille aux couleurs de celle que l’on dépeint tour à tour comme urbaine, bobo (oui, le mot s’utilise encore…), frondeuse, impertinente, râleuse, coquette, sophistiquée, gourmande, toujours chic : la Parisienne. C’est que le lien qui existe entre celle-ci et l’enseigne ne date pas d’hier. Car c’est en pensant à la femme du Paris haussmannien que Théophile Bader a décidé de fonder les Galeries Lafayette en 1893, en voulant mettre enfin la mode à la portée de toutes les élégantes potentielles qui naviguaient sur les Grands Boulevards ou aux alentours de l’Opéra. Et c’est probablement à cette période, appelée Belle Epoque, qu’est réellement né le mythe de l’habitante de “la plus belle ville du monde”, créature quasi divine au charme incomparable. Pour preuve, en 1900, à l’entrée de l’Exposition universelle, c’est une immense statue de Parisienne qui accueille les visiteurs. « Auréolée d’ampoules électriques, elle symbolise avec sa jupe étroite et son ample chapeau la ville phare de la mode, explique Florence Montreynaud, auteur du XXe siècle des femmes. Et de reprendre : « Point de mire du monde entier, la Parisienne est bien LA femme, du bout pointu de ses chaussures jusqu’au chapeau qui protège son teint du soleil. » Puis les décennies ont passé, et le mythe a réussi à perdurer. En démarrant l’écriture de leur petit guide intitulé Comment devenir une vraie Parisienne, best-seller depuis plus de dix ans, et donc fréquemment réactualisé, Irène et Hélène Lurçat s’étaient interrogées sur ce fameux idéal féminin. Menant l’enquête autour d’elles, et recueillant ainsi les impressions de stylistes, journalistes ou publicitaires, elles avaient découvert que le Top 3 des Parisiennes mythiques ne relevait pas d’un genre de femme spécifique. Au palmarès, donc, Arletty, Coco Chanel et Françoise Dorléac, soit point de grande révélation. De quoi se demander alors ce que signifie « être une vraie Parisienne » aujourd’hui.

« D’une manière qui n’est sans doute pas fortuite, nos interlocuteurs n’ont pas su répondre à cette question, si ce n’est en multipliant les traits de caractère parfois contradictoires, racontent les auteurs. La Parisienne a de l’esprit ; elle est élégante avec discrétion ; elle est cultivée, inconstante. Elle ne se laisse classer dans aucune catégorie. Elle aime la distance ironique. Elle contemple le reste du monde avec hauteur… » D’où une difficulté certaine, quand il s’agit de livrer un recueil de conseils pour en devenir une, tant tout cela semble devoir être quasi inné. Inès de la Fressange, récemment auteure d’un joli guide-carnet de tendances et d’adresses intitulé La Parisienne, rassure les possibles apprenties : « Il n’est pas nécessaire d’être née à Paris pour avoir le style de la Parisienne. J’en suis le meilleur exemple : je suis née à Saint-Tropez. Avoir l’attitude “made in Paris” est plus un état d’esprit. » Idem du côté de la chanteuse Dani, qui a sorti l’an passé un très bel album intitulé Le Paris de Dani. Estampillée parigote s’il en est, elle n’est pourtant arrivée ici qu’à l’âge de 19 ans. « Quand je suis venue de Perpignan à Paris, je suis allée tout voir : l’Arc de triomphe, la tour Eiffel, Le Louvre. Je suis allée partout, à pied, en métro, en bus. » Car la Parisienne se doit de connaître sa ville. Après, vraiment, tout est question d’aura. Ainsi, l’égérie du parfum “Parisienne à l’extrême” d’Yves Saint Laurent n’est-elle pas Kate Moss, pas vraiment du genre frenchie ? Reste, du coup, à suivre les leçons de style prodiguées par les divers experts.

Vous l’aurez compris, la recette miracle n’existe pas. Car, nous l’avons vu, il n’existe pas non plus de Parisienne type. Irène et Hélène Lurçat en dénombrent même des pelletées : la néo-bourgeoise rive gauche, l’intello hard, la branchée rive droite, la modeuse, la workaholic, la bio addict, la bébé fashion… L’idée est de créer son propre style, en piochant çà et là l’inspiration. Et ce, tout en respectant quelques règles correspondant au genre que l’on souhaite développer. C’est ce que proposent ainsi les Galeries Lafayette avec, jusqu’à la fin du mois, des vitrines consacrées aux différents quartiers de Paris (Montmartre, Beaubourg, Saint-Germain…), une mise en avant des pièces de mode iconiques parisiennes (la marinière, le trench, la chemise blanche, la petite robe noire…), et l’estampillage de vêtements et accessoires définitivement essentiels d’une cocarde “Approuvé par la Parisienne” apposée par Inès de la Fressange. Une habituée des Galeries puisqu’il y a plus de dix ans déjà, une rubrique du site internet du grand magasin lui était dédiée (sous le nom de “La Parisienne”, bien sûr). Plus étonnante, La Parisienne, roman, l’exposition de la Galerie des Galeries conçue par Sofia Achaval et Thibault de Montaigu, qui reconstitue l’appartement d’une femme à ce point chic que sa bande-son est concoctée par Bertrand Burgalat, ses oeuvres d’art dégotées par Catherine Millet, ses post-its et autres listes, griffonnées par Valérie Mréjen. De quoi trouver quelques idées, ou tout du moins respirer l’essence de la Parisienne rêvée. Si vous êtes une femme et que vous habitez la capitale, il est certain que vous aurez envie de jouer le jeu, ne serait-ce que pour comparer les choix proposés à ceux que vous avez déjà éprouvés. Et puis, pour celles qui manquent encore un peu d’assurance et n’évaluent pas bien leur potentiel de Parisienne accomplie, le mot de la fin revient à Inès de la Fressange : « Il suffit parfois de peu de chose pour obtenir un vrai style. En anglais, on l’appelle l’”effortless style”, le style sans effort. La condition requise ? Avoir confiance en soi… et sourire : tout passe toujours mieux quand on sourit ! »

mars 14, 2011

31e Salon du livre

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Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Islande : le 31e Salon du livre met l’Europe septentrionale à l’honneur. C’est l’occasion de découvrir, au-delà des auteurs les plus connus, l’exceptionnelle vitalité de ces littératures venues du froid. Aujourd’hui très à la mode, elles restèrent longtemps un secret bien gardé dont seuls quelques noms émergeaient. Retour sur une initiation progressive.

Pendant très longtemps, nous avons accolé à l’Europe du Nord tous les clichés. Il y faisait froid, et les habitants étaient soit des blonds très doués pour le ski, soit de grands types un peu bourrus à l’air rogue coupant de lourds troncs d’arbre. Les rares écrivains à succès que l’on découvrait ne nous donnaient pas toujours une idée précise de leurs pays respectifs. Jusqu’à une époque récente, les lecteurs français n’avaient qu’une connaissance parcellaire des littératures septentrionales, faute de traductions. L’initiation aura été graduelle, en plusieurs grandes étapes. Première étape : l’écrivain norvégien nobélisé Il s’appelle Knut Hamsum (1859-1952), et c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Ecrivain à tendance sociale, entre Balzac et Thomas Mann, il a acquis sa célébrité en obtenant le prix Nobel de littérature en 1920, récompensant notamment son chef-d’oeuvre, La Faim (1890). Mais nous serions bien en peine de trouver dans ce récit un peu de couleur locale, des informations sur la Norvège. En narrant la dérive d’un journaliste indigent, il traite de la pauvreté en général et de la folie qu’elle peut provoquer chez l’homme. Deuxième étape : le best-seller finlandais Après Hansum, notre lecteur, un peu paresseux il faut bien le dire, n’a pas forcément envie de poursuivre son voyage. Il prend ce qu’on lui apporte : un best-seller signé de Mika Waltari. Il se souvient du péplum de Michael Curtiz, Sinouhé l’Egyptien, avec Victor Mature, adapté donc du roman de Waltari paru en 1945. Là encore, il ne saura rien de la Finlande puisque cet auteur compose des épopées très délocalisées et intemporelles – ici, la vie d’un médecin dans l’Egypte antique. Pas grave, il a passé un bon moment. Venus de pays étroits et énigmatiques, les auteurs comme Hansum ou Waltari savaient que leur survie dépendait de leur succès à l’étranger, et ils n’avaient qu’une ambition : atteindre l’universalité en brassant de grands thèmes. Troisième étape : le suédois rock’n’roll Notre lecteur retourne chez sa libraire et tombe sur un livre paru chez Gallimard. Il s’agit de L’Enfant brûlé (1948), le chef-d’oeuvre d’une grande star des lettres, Stig Dagerman, un garçon au look assez dandy, journaliste, aussi célèbre en son temps qu’Albert Camus. Il attaque enfin un drame proprement scandinave à la sauce bergmanienne – un adolescent amoureux de la femme de son père –, à la fois local et universel. Extrait : « Par les fenêtres des paliers, ils voient la neige tomber de plus en plus dense et, dans un nuage gris, envelopper les barres à tapis qui se dressent comme des potences. » Voici une notation qui nous permet d’approcher un peu plus la sensibilité du Nord, et quelle sensibilité : celle d’âmes rongées par la solitude et de secrètes douleurs. On ne peut pas franchement dire qu’elle donne une image très riante de la Suède… L’auteur se suicida d’ailleurs à 31 ans, en 1954, en s’asphyxiant avec le pot d’échappement de sa voiture. Une sorte de James Dean dépressif. Quatrième étape : le Finlandais rigolo La quatrième grande étape du parcours de notre lecteur – la plus importante – arrive au début des années 1970. Pour la première fois, un écrivain du Nord fait rire tout en restant poétique. Le Finlandais Arto Paasilinna, auteur de livres très toniques comme Le Meunier hurlant ou Le Lièvre de Vatanen, invite à parcourir des contrées baroques et panthéistes. Il y a donc bien du souffle sous les aurores boréales. Cinquième étape : des éditeurs courageux C’est la cinquième escale avant l’arrivée. Le lancement en 1991 des éditions Gaia, spécialisées dans ces régions froides, a représenté le passeport définitif. Nous avons d’abord trouvé l’entreprise quelque peu exotique, avec ses livres aux élégantes couvertures brunes et ses noms de vikings imprononçables. Mais maintenant, on ne rigole plus : respect ! Gaia nous a notamment fait connaître les sagas de l’explorateur danois Jon Riel. Et puis Actes Sud, la belle maison d’Arles, s’y est mise elle aussi… Et aujourd’hui… Tous ces efforts un peu éparpillés puis plus réguliers ont donc familiarisé peu à peu notre lecteur français avec ces territoires littéraires que nous visiterons au Salon du livre, le Danemark, la Finlande, la Norvège, l’Islande et la Suède. Ces expériences pionnières paraissent bien lointaines aujourd’hui, alors que souffle depuis les fjords la plus formidable explosion littéraire apparue ces dernières années, comparable à “l’Age d’argent russe” (1900-1930) ou à la “Génération perdue” américaine (années 1920). Déjà fort bien fournies en excellents musiciens, ces terres froides abritent désormais un vivier de conteurs remarquables et pour la plupart très populaires, et ce dans tous les domaines. Evidemment, le roman policier occupe une place majeure, les Scandinaves ayant totalement renouvelé le genre ces dernières années. On pense à la série Millenium du Suédois Stieg Larsson qui a cassé tous les codes de la “detective story” (45 millions d’exemplaires vendus dans le monde), ou aux enquêtes de l’enquêteur Wallander, que Henning Mankell vient d’achever. Ce qui plaît, c’est l’incroyable vigueur de leur style, la tonicité de leurs récits, riches et poétiques. « Indignez-vous ! », semble nous dire Stig Larsson – mort, rappelons-le, d’une crise cardiaque au moment où il apportait le troisième tome de Millenium à son éditeur, et dont la vie fut un modèle d’engagement et d’obstination. C’est toute la différence avec le grand Stig Dagerman : les histoires sont aussi sinistres (crimes atroces, montée du néonazisme, amours impossibles, mensonges…), mais ces romanciers-là nous rassurent par leur force de vie, leur message, l’utopie qu’ils défendent jusqu’à la mort de leurs personnages. On se souvient de Lars Tobiasson obsédé par sa rencontre avec une femme seule sur une île isolée, dans Profondeurs, magnifique roman de Mankell mêlant mythologie, sensualité et aventures. «L’hiver était rude cette année-là, la glace si épaisse qu’on raconte qu’elle formait un mur compact en mugissant comme une bête sauvage. C’est alors qu’une longue crevasse s’est ouverte, depuis la mer jusqu’à l’île de Gotska Sando, et dans cette crevasse, une femme est arrivée à la dérive. Ce devait être une déesse car son corps brillait. » La vraie déesse pour tous les écrivains s’appelle sûrement l’Etat providence. Les pays d’Europe du Nord ont compris depuis longtemps quels bénéfices ils pouvaient tirer de leur littérature pour exporter leur culture et leur identité. Ils ont donc créé des structures officielles chargées de sa promotion, comme le Centre danois d’information sur la littérature ou le Centre pour la littérature norvégienne. De nombreux ateliers d’écriture et des “écoles du polar” ont aussi vu le jour, et en Suède il n’est pas rare de croiser des bibliobus, ces petits camions-bibliothèques qui apportent la littérature dans les endroits les plus reculés. Dans ces pays, pour reprendre une jolie formule de Marcel Proust, la lecture est depuis toujours une amitié. Et c’est sans doute pour cela que nous nous en sentons si proches. • Salon du Livre, du 18 mars au 21 mars, Porte de Versailles (Pavillon 1), bd Victor, 15e. M° Porte de Versailles ou Balard. http://www.salondulivreparis.com. Heures d’ouverture : vendredi 18 de 10 à 23 h, samedi 19 et dimanche 20 de 10 à 20 h, le lundi 21 de 13 h à 18 h. Entrée : 8 euros.

mars 7, 2011

Idées de commerces à Paris

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Certains habitants de ce quartier du 16e arrondissement vous diront qu’on traverse encore toute la ville pour aller dans ses boutiques. Il y a de bonnes raisons de le faire : autour des franchises commerciales chic ou cheap de la rue de Passy, s’agrège un monde de commerçants pleins d’idées et de tempérament. Marché couvert de Passy Cette petite halle commerçante est constellée d’enseignes mignonnes : “Alain et Francine, au Petit Maraîcher”, “Les Galets d’Etretat”, “Au panier de Nicolas”… On trouve tout ce qu’il faut : boucher, charcutier, volailles, gibier, traiteur, fleuriste, droguiste. Pas donné, mais la qualité est fort belle. Tout au fond, la Poissonnerie de Passy mérite son excellente réputation : plusieurs étalages avec, en plus de beaux poissons bien frais, un astucieux comptoir de dégustation de fruits de mer. Sur une table et des chaises hautes, une touche chic pour douze Marennes d’Oléron (9,90 euros), des coques (8,90 euros le kilo), ou des oursins (27,90 euros le kilo), accompagnés du beaujolais ou du bourgogne sélectionnés par la maison (3 euros le verre). Le rayon traiteur n’est pas en reste, avec des produits du Danemark, des taramas poutargue, oursin, saumon fumé, du hareng en sauce moutarde… Juste à côté, un corner portugais déborde de générosité et de bonnes idées : chouricos (autour de 10 euros le kilo) et charcuteries à l’aspect rustique et réjouissant côtoient cochon et morue salés ou séchés. On peut même y acheter des vases aux motifs typiques bleus et blancs. Outre la grâce des jeunes Lusitaniennes qui vous servent, on respire un peu avec des prix plus modestes qu’alentour : l’huile d’olive est à moins de 7 euros, le fromage de brebis à 19,90 le kilo, un gros cache-pot en céramique à 13,50 euros. Juste à l’entrée de la halle, le fromager-affineur Androuet a ses petits secrets : une sélection de fromages anglais, qu’il conquiert auprès de la maison Paxton et Whitfield, fournisseur de la Reine d’Angleterre en personne ! Un superbe Red Leceister, genre de mimolette marbrée de bleu (37,95 euros le kilo), un Cheddar Montgomery au lait cru (36,55 le kilo), et le fameux Stilton, façon coeur crémeux (26,55 le pot) ou en Shropshire Blue… Tout autour, l’étalage de fromages bien français, fermiers au lait cru et chèvres affinés maison, titille les papilles d’un seul regard. Marché de Passy, 1, rue Bois Le Vent, 16e. Ouvert de 9 h à 13 h et de 16 h à 19 h, sauf dimanche après-midi et lundi. Elle Tricote Cette boutique choupinette qui célèbre le tricot version mode est en fait la franchise d’une enseigne strasbourgeoise depuis laquelle Danièle Dietrich imagine toutes les créations tricot que l’on trouve ici. Mais ici, c’est chez Florence et Joëlle, dames pleines de sympathie, toutes dé diées à leur belle collection de pelotes du Japon en fils de laine et de soie teints à la main, qui donnent naissance à des vêtements aux couleurs brunes et chamarrées de toute beauté (compter environ 20 euros de laine pour des mitaines, et jusqu’à 250 euros pour une veste mi-longue). On trouve aussi des laines anglaises magnifiques et luxueuses, de l’alpaga “La Petite Indienne”, et même de la laine de yak. Les ravissants manteaux, tuniques fashion, étoles crochet “baba chic”, gilets et robes pour enfants donnent envie de se jeter sur les kits du magasin. Si l’on ignore comment faire, on peut s’inscrire à des ateliers à 22 euros les deux heures, et tout apprendre. Il y a tout ce qu’il faut pour vous aider : de belles aiguilles en bois, une bibliothèque d’ouvrages en consultation, une bucolique fontaine couronnée de bambous, derrière la fenêtre, et la gentillesse des maîtresses de maison. 7, rue Duban, 16e. Ouvert le lundi de 14 h 30 à 18 h 30, du mar. au sam. de 10 h à 13 h 30 et de 14 h à 18 h 30. Tél. : 01 45 20 11 80. http://www.elletricote.com. Settebello, restaurant italien Il faut réserver cette chaleureuse table de gastronomie italienne où la cuisine à vue est un peu « comme un feu de cheminée, elle attire le regard », sans pourtant embaumer vos vêtements. Elle propose 34 jolis couverts sur des nappes vertes et rouges, du bois, une haute et centrale table (et chaises) d’hôte où l’on fera connaissance de nouveaux voisins, à moins que l’on vienne carrément à huit ou dix amis déguster les charcuteries sélectionnées par Marco Mazzolini, le patron du Frioul (assiette Affettato Misto, jusqu’à dix variétés différentes, 20 euros). Ici, tout est simple, avenant, soigné, parfumé, bon : les spaghettis Ricci au caviar d’oursin (25 euros en plat du jour) ou alla buzzara (aux langoustes, 24 euros), ou les simples tagliatelles au pesto à 15 euros. Ou encore un Vitello Tonato « terrible » à 24 euros, des calamars émincés sautés avec ail, oignon et chorizo… Pas d’espace de stockage, donc « tout arrive chaque matin ». Côté vin, de très belles choses de toutes les régions d’Italie, à partir de 32 euros la bouteille. Un lieu désirable. 9, rue Duban, 16e. Tél. : 01 42 88 10 15. Ouvert du lundi au samedi, fermé le samedi midi et le dimanche. Aux Merveilleux de Fred, pâtisserie Pour repérer cette pâtisserie façon conte de fées, ne vous cassez pas la tête : cherchez la file d’attente sur le trottoir. Ou bien venez au nez : les effluves fabuleusement appétissantes de la pâte sucrée et beurrée qui cuit à vue vous rendraient fou si vous n’y cédiez pas. Ouverte en novembre dernier, cette franchise d’une enseigne (et spécialité) lilloise offre un choix simple : le Merveilleux est un gâteau ravissant, coeur de meringue enrobé de crème fouettée au chocolat et roulé dans des copeaux de chocolat noir. L’Incroyable est la version aux spéculos de cette merveille, et l’Impensable, la variante café. Votre joli petit gâteau individuel, emballé dans un classieux carton blanc, coûte 2,85 euros, ou 12,80 pour quatre, 19,20 pour six et 25,60 pour huit. A moins que nous ne préfériez la Cramique, une généreuse et ferme brioche au sucre, raisin et chocolat (2,95 euros), ou les gaufres flamandes fourrées à la cassonade. Ces choses diaboliques sont fabriquées et servies par des jeunes filles angéliques, fort dignes de la réputation chaleureuse des gens du Nord. Ah, manger un Merveilleux et mourir… 29, rue de l’Annonciation, 16e. Ouvert du mar. au sam. de 10 h à 19 h, et le dimanche de 10 h à 13 h. Tél. : 01 45 20 13 82. Sevilla, tissus couture Monsieur Sevilla a repris le commerce de son père. Ici, depuis 1963, on trouve des milliers de mètres de tissus couture, haute couture, ou prêt-à-porter de luxe pour des prix défiant toute concurrence : de 18 à 45 euros le mètre ! Laines, soies, cotons, beaux lainages, et aussi synthétiques « pour les clientes qui aiment que ça se lave facilement ». Les coupons s’entassent, élégants, gais, colorés, unis, imprimés, fleuris, écossais, autour de cartons où l’on lit « Givenchy » ou « Marcel Guillemin », ancien fournisseur de grandes maisons (du coup, attention au suivi !). M. Sevilla traque les lots des grandes maisons, propose ses prix, déniche des trésors. Cette année, il s’est « bien débrouillé », dit-il l’air content, et l’offre vertigineuse de son petit magasin aux allures d’atelier en témoigne joyeusement. 38, rue de l’Annonciation, 16e. Ouvert le mar. de 9 h à 12 h 45 et du mer. au sam. de 9 h à 12 h 45 et de 15 h à 18 h 30, fermé dimanche et lundi. Tél. : 01 42 88 11 13. Opus 21, brocante et déco, et bien plus ! Chantal des Garets règne sur une bien belle boutique : pas trop chic, du genre qui vous intimide. Ici, on aura le même sentiment que dans le grenier d’une belle demeure de campagne, quand, soulevant un vieux drap, on découvre un jour le coffre en bois de ses rêves. De toutes parts, façon brocante, s’entreposent avec charme banquettes anciennes (à partir de 320 euros), lustres enchanteurs et lanternes à suspendre ou accrocher (à partir de 110 euros), petites tables (dès 250 euros), étagères anciennes, fantastiques miroirs, dont des “miroirs sorcière sorcière” (à partir de 50 euros), pieds de lampe en bois, ou à crémaillère… Et puis aussi de la vaisselle, verres, couverts, assiettes anciennes, ou quelques pièces plus classiques, un secrétaire à battants Louis Philippe, une table XIXe. On trouvera d’autres choses très séduisantes, contemporaines mais “à l’ancienne” : distributeurs de serviettes pop façon diner (16 euros), meuble à courrier en bois peint jaune PTT (105 euros), reproductions de jouets mécaniques en fer… En somme, des objets séduisants pour toutes les générations. Et puis du service. Car Chantal des Garets fait aussi pour vous, et de A à Z, des déménagements ou successions : conseil, recommandations, prestations (elle vous dit ce qui se vendra mieux chez elle ou en salle de ventes, ce qu’il faut donner, ou jeter, et s’en charge elle-même si vous n’avez pas le temps !). Bref, une adresse comme à la campagne, où tout est beau et bon. Achat, vente, dépôt-vente, antiquités, brocante et contemporain “façon ancienne”, 18 rue Duban, 16e. Ouvert du mar. au sam. de 11 h à 13 h et de 15 h 30 à 19 h, et sur rendez-vous. Tél. : 01 46 47 99 25 ou 06 09 41 45 86. Renov’ vêtements L’accueillante dame couturière qui tient cette petite boutique de retouches, ornée d’un grand meuble de bois sombre et magnifique, propose les services classiques avec « beaucoup de soin » : ourlet (de 15 à 30 euros), doublage de vêtement (de 40 euros pour une jupe, à 120 euros pour une veste d’homme), bas de manche (de 16 à 50 euros), et pose de coudes, changement d’élastique… Elle fabrique en outre, sur mesure, des jupes pour dame. Et a trouvé une astuce pour se livrer aux bavardages inhérents à sa profession et à sa personnalité : « Une chaise à côté de ma machine à coudre : si l’un de mes clients a envie de parler, je l’y assois, et l’on peut échanger les cancans du quartier ! » 4 rue Duban, 16e. Ouvert du mardi au samedi de 9 h 30 à 19 h (le mer. jusqu’à 18 h).

février 14, 2011

Le Palace, toujours un phare dans la nuit ?

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Ancien temple de la nuit parisienne dans les années 80, le mythique Palace fut aussi un haut lieu de la culture rock en France. Rouvert il y a trois ans, peut-il redevenir une place forte de la scène musicale underground parisienne ? Les paris sont lancés…

Lundi 7 février 2011, 21 heures. Une centaine de personnes à l’enthousiasme poli s’agglutinent dans la rue du Faubourg Montmartre. Dans quelques minutes, Daniel Darc, l’ex-chanteur de l’emblématique groupe new wave français Taxi Girl, désormais en solo, va faire sa réapparition sur une scène parisienne. Et le lieu qu’il a choisi n’est sûrement pas dû au seul hasard. Le Palace, Daniel Darc, Mirwais Ahmadzaï, Laurent Sinclair et Pierre Wolfsohn y avaient gravé leur empreinte de rockeurs romantiques et sulfureux en 1979, à l’occasion d’un concert chaotique en première partie des Talking Heads, au cours duquel le chanteur s’était ouvert les veines pour réveiller un public apathique. Plus de trente ans après, tout le monde semble s’être assagi. La prestation musicale limpide et intimiste de Darc devant un public chauffé à blanc par sa générosité et ses émotions brutes livrées sans fard (enthousiasme non feint et humour maladroit qui finissent définitivement par nous mettre la larme à l’oeil) nous laisse sous le charme. En quittant les lieux, une question semble suspendue à toutes les lèvres : et si le Palace était redevenu cette antique Mecque d’un art original, ambitieux et authentique ? Depuis sa réouverture en 2008 sous le haut patronage des frères Vardar, une douce vague brassant nostalgie et espoirs les plus fous colle aux basques de ce Palace “nouvelle version”, dont les légendes se font, se défont et renaissent de plus belle. « Roland Barthes avait donné son explication sur la fascination qu’exerce depuis longtemps le Palace », nous explique Benoît Sabatier, journaliste, écrivain et observateur attentif des mutations de la nuit parisienne. « Le Palace n’est pas une “boîte” comme les autres : il rassemble dans un lieu original des plaisirs ordinairement dispersés : celui du théâtre comme édifice amoureusement préservé, la jouissance de la vue ; l’excitation du Moderne, l’exploration de sensations visuelles neuves, dues à des techniques nouvelles ; la joie de la danse, le choix de rencontres possibles… Tout un dispositif de sensations destiné à rendre des gens heureux, le temps d’une nuit. Le nouveau, c’est cette impression de synthèse, de totalité, de complexité : je suis dans un lieu qui se suffit à lui-même. »

Le Palace reste un temple des plaisirs unique dans l’histoire culturelle de Paris. D’abord salle de music-hall à sa création en 1923, cinéma en 1946 puis théâtre de 1975 à 1978, cet endroit aux cent visages a écrit les plus belles et les plus sauvages pages de son histoire à l’orée des années 80, lorsqu’il entama sa mue prophétique en haut lieu de la nuit parisienne. Une oasis flamboyante où mondains internationaux, stars du showbusiness, grands de ce monde et noctambules aguerris recréaient tous les soirs un univers parallèle à la mesure de leurs fantasmes. Oui, c’était le bon vieux temps vous diront les plus anciens, une sidérante époque sur laquelle soufflait un incroyable vent de liberté. Un âge d’or qui perdura jusqu’en 1983 grâce à la personnalité unique et aux visions géniales de Fabrice Emaer, sémillant maître des lieux, qui imprégna l’endroit de ses menées utopiques et de sa fibre esthétique. Si aujourd’hui encore le Palace personnifie comme aucun autre endroit en France la célébration cathartique et l’exubérance, il fut aussi – voire surtout – le terrain privilégié des expérimentations et démonstrations artistiques les plus osées. Sa légende, étroitement liée aux mouvements musicaux underground de la fin des années 70 et du début des années 80, fut alimentée par la multitude de musiciens et groupes qui s’y produisirent. « C’était un savoureux mélange d’artistes qui voulaient redonner une place fondamentale à la musique. Blondie, Robert Palmer, Elliott Murphy, Robert Fripp, Tom Waits, Mink DeVille, Johnny Winter y donnèrent leurs premiers concerts parisiens. La programmation était éclectique. Ça allait de Bette Midler à Etta James, Esther Phillips, Natalie Cole ou encore, le 25 juin 1978, Dillinger, en présence de la star Bob Marley. On y a vu également les Talking Heads, Siouxsie & The Banshees, Prince, les B-52’s, Iggy Pop, les Cars, Sparks, Bow Wow Wow, UB40, Spandau Ballet, U2… A côté de ces concerts, tous les rockers et stars de la pop de passage à Paris se rendaient au Palace, de Keith Richards à Gary Numan, de Mick Jones à Visage, en passant par Klaus Nomi », nous rappelle Benoît Sabatier.

Mais le passé est le passé… Aujourd’hui une telle volonté de poser les jalons d’une vraie révolution underground n’est pas à l’ordre du jour pour les nouveaux propriétaires. « Notre ligne de programmation est basée sur l’humour et les artistes de one-man show. Nous ne connaissions rien des “années Palace” avant de reprendre la direction du lieu. Heureusement, d’ailleurs, sinon je pense qu’on aurait eu trop peur », explique Hazis Vardar, le directeur. Une fin de non-recevoir que confirme notre confrère journaliste : « Le Palace était synonyme de branchitude. A l’époque, les branchés étaient des marginaux. Je n’ai pas l’impression que le Palace du XXIe siècle ait une programmation qui favorise le “nouveau” ou l’“alternatif”, puisque n’y ont toujours pas été invités de nouveaux artistes comme Aladdin, Paris, Alexandre Chatelard, Yann Wagner, Service, Young Michelin, Koudlam, Bon Voyage, Catholic Spray, Apollo, Mustang, Mohini, Sydney Valette, bref le meilleur du “made in France” contemporain… L’orientation choisie, Christophe ou Daniel Darc, me semble correspondre aux voeux des programmateurs : faire du Palace un lieu ni plus ni moins comme la Cigale, avec une caution plus chic. Reste que le concert de Christophe était du tonnerre. » Le chemin semble encore long avant qu’une nouvelle génération de musiciens français investisse le Palace, sur les pas de leurs glorieux aînés… A croire que nous n’avons pas fini d’entendre que c’était vraiment mieux avant.

février 7, 2011

Serions-nous devenus des techno-goujats ?

Filed under: blogs — marcos @ 9:06

Les smartphones sont-ils les cigarettes de notre époque, socialement parlant ? Serions-nous devenus incapables de rester concentrés sur la même chose pendant plus de deux minutes ? La technologie, c’est bien, mais elle ne doit pas nous faire oublier les bonnes manières… Certes, les téléphones portables et les problèmes afférents existent depuis un moment… Mais avec l’arrivée des smartphones pemettant d’utiliser où que l’on soit les e-mails, SMS et autres applications, on est sans doute plus accros que jamais. Aurait-on besoin d’une nouvelle “techno-étiquette”, un code de bonne conduite à l’ère du numérique ? Le problème Le phénomène “Je suis là mais virtuellement ailleurs” touche désormais tout le monde :

• Les ados qui ne prennent plus la peine d’enlever leurs oreillettes d’iPod pour écouter les autres, ou qui sont constamment scotchés sur leur console portable DS.

• Les cadres “Crackberry” qui vérifient leurs mails pendant les réunions (soit un tiers des employés nord-américains, d’après une étude de Yahoo) ; voire qui, rien qu’en posant leur smartphone sur la table de réunion, expriment très clairement qu’ils ont dix mille autres choses plus importantes à faire…

• Les mamans débordées qui ne raccrochent pas leur téléphone pour commander dans un magasin (de plus en plus d’établissements refusent de servir les clients dans ce cas).

• Les parents “iPhone addicts” qui laissent déborder le bain de leurs enfants plutôt que de rater le prochain tour de leur jeu en ligne.

• Les couples qui, en s’installant à une table de restaurant , regardent leurs smartphones au lieu de se parler, ou qui prennent leurs plats en photo pour les partager (enfin, virtuellement…) directement sur Facebook.

• Tous ceux qui se cachent derrière les SMS : d’après une étude Synovate portant sur 8 000 personnes à travers onze pays, 15 % des utilisateurs de téléphones portables s’en sont servi pour draguer quelqu’un d’autre que leur partenaire, et 12 % ont mis fin à une relation par SMS. On ne sait pas si ces deux chiffres sont liés ! Les causes Nous sommes aujourd’hui plus que jamais dans l’ère du « Je veux tout, tout de suite », et les appareils actuels nous permettent justement de l’obtenir. Au-delà de l’évidente raison technologique – internet partout égale distraction constante –, un excellent article du “Washington Post” propose deux explications plus psychologiques à notre comportement. D’abord, une bonne partie des utilisateurs d’applications de smartphones (“apps”) disent s’en servir « tout le temps » parce qu’il s’agit d’une « échappatoire drôle et divertissante », d’après une étude des consultants de Gravity Tank. Ensuite – et là réside le coeur du problème –, les psychologues confirment de façon quasiment unanime que nous préférerons toujours l’immédiateté de ce qui est nouveau à l’attrait du long terme (par exemple, les souvenirs de bons moments passés en famille). Tom Stafford, un neurologue anglais, l’exprime ainsi : « Les smartphones capitalisent sur la version la plus faible et la plus “court-termiste” de nous-mêmes, plutôt que sur la vue à long terme. » La solution Comme avec tout comportement compulsif, la solution commence par soi-même. Est-on vraiment obligé de regarder son smartphone toutes les cinq minutes ? Ratera-t-on vraiment une info essentielle ou une attention inattendue si l’on attend d’être seul avant de se ruer sur son iPhone ? Une vraie conversation ne seraitelle pas plus enrichissante ? Si la volonté ne marche pas, reste la force. Certaines entreprises commencent à interdire l’utilisation des smartphones pendant les réunions. Autre solution pour ceux qui ne supportent plus leurs voisins de bus beuglant dans leur Blackberry : pour environ 200 euros, on peut se procurer un brouilleur de signal 3G, censé couper toute communication mobile autour de soi… Enfin, comme pour tous les maux contemporains, on peut toujours se tourner vers la thérapie. Aux Etats- Unis, tout du moins… Le docteur David Greenfield, auteur du livre “Addiction virtuelle”, chapeaute ainsi le Centre pour (ou plutôt contre) l’addiction à l’internet et à la technologie. Sur son site (www.virtual- addiction.com), il assimile Facebook au narcissisme et propose un traitement de choc en trois étapes. Et il sait de quoi il parle : “Dr Dave” est également spécialiste de l’addiction sexuelle… Mais avant d’en arriver là, ne suffirait- il pas de se dire que les personnes qui nous entourent “physiquement” seront toujours plus importantes que nos proches virtuels ? Sinon, il serait peut-être temps de changer d’entourage. Pour de vrai !

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