Pourquoi?

avril 6, 2010

James Thiérrée, un libre artiste

Filed under: tout ou rien — marcos @ 9:30
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Le génial créateur de “La Symphonie du hanneton”, petit-fils de Charlie Chaplin, envoûte le dernier Gatlif, “Liberté”, qui évoque le génocide des Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale.

quiconque a déjà vu James Thiérrée sur scène a été témoin de la musique si particulière qui habite ce comédien. Comment raconter l’univers de cet artiste, entre bestiaire fantastique, conte de fées et numéro de clown ? En allant voir “Liberté”. Ici, le réalisateur de “Gadjo Dilo”, Tony Gatlif, offre un écrin à ce baladin jusqu’alors mal exploité par le cinéma. En Tzigane un peu barré au coeur de la tourmente, James Thiérrée est le grain de folie du film autant que son essence. Comme un écho à la folie meurtrière des nazis qui décimera la communauté gitane. Taloche – c’est le nom de son personnage – sort par les fenêtres, danse avec la terre et joue du violon comme on dit bonjour. Autant de talents que l’acrobate, trapéziste et musicien Thiérrée maîtrise parfaitement. « Avec Taloche le fou, je pense que Tony Gatlif contrebalançait le côté un peu plus institutionnel de ce film en costume qui traite d’un sujet grave avec des personnages classiques comme l’institutrice, le résistant. Il avait besoin de trouver un personnage qui éclate le cadre. Du coup, avec son aval, j’ai pu me permettre de libérer l’irrationnel. » Il était temps que cet acteur unique en son genre trouve un rôle à sa mesure au cinéma. Jusqu’à présent, il y avait deux James Thiérrée. Celui que les cinéphiles ont peu vu et la star qui remplit les théâtres de spectateurs émerveillés par sa virtuosité. Il faut dire qu’il est quasiment né sur une piste du cirque, celui de ses parents, Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin. Son père est un clown poète, un magicien ébouriffé, qui repousse les limites de l’imagination dans ses numéros. Sa mère est la fille de Charlie Chaplin. Fildefériste accomplie, elle conçoit des costumes aussi loufoques que poétiques qu’elle transforme au gré de ses acrobaties. À la naissance de James, en 1974, les parents abandonnent tigres et chevaux pour créer, en précurseurs, Le cirque imaginaire. Très vite, James et sa soeur Aurélia rejoignent le duo parental sur la piste. « J’ai commencé ma carrière comme accessoire volontaire. Enfermé dans une boîte avec ma soeur ! »

Cirque et cinéma

Auprès des troupes qu’il côtoie sur la route, il apprend l’acrobatie, le trapèze, le violon, la bicyclette… Au hasard des escales, il fréquente aussi les écoles de théâtre de Milan, Paris ou Boston. « En fait, rigole-t-il, à force de picorer, je suis devenu professionnel de rien. Je ne suis ni un grand acrobate, ni un super trapéziste, ni un acteur rompu par les leçons de théâtre ! » Très vite, pourtant, il a l’idée de créer son spectacle après avoir quitté naturellement Le cirque imaginaire. En 1998, à 24 ans, il lance “La Symphonie du hanneton”. Un ovni qui mêle danse, mime, acrobaties et costumes à facettes multiples créé par sa mère. Paris le découvre en 2003, au Théâtre de la Ville et, avec lui, les médias. « L’inventeur d’un théâtre onirique, physique et animalier », selon l’expression si juste du “Monde”, est devenu une star de la scène. Il est couvert de Molière, joue son deuxième spectacle, “La Veillée des abysses”, à guichets fermés, puis “Au revoir parapluie”. Avec “Raoul”, son premier solo créé l’an dernier, il nous a régalés d’un théâtre presque métaphysique où un homme s’est enfermé dans une tour et se bat contre son double. On pense à Beckett, à Pirandello. On rit beaucoup aussi. Le bestiaire a envahi la scène pour devenir décor toujours avec la complicité de Victoria Chaplin. Et puis, il y a le comédien de cinéma comme étouffé par le cadre. Certes, il fait ses débuts chez Peter Greenaway dans Prospero’s Books avec « des plans séquences complètement dingues, avec des gens à poil partout », mais il faudra l’arrivée d’une bonne fée – Coline Serreau – pour véritablement le lancer dans l’arène. « Je lui ai parlé de cirque, de trapèze et de violon – trois de ses passions – et le courant est passé. Elle m’a pris sous son aile. » La réalisatrice de “Trois hommes et un couffin” l’intègre même à sa tribu. Dans “La belle verte”, elle le prend pour fils et exploite son aisance au trapèze. Dans “18 ans après”, il compose un Américain boutonneux et maladroit qui se révèle excellent danseur et violoniste. Deux réalisateurs tenteront encore de transposer à l’écran ce qu’il est sur scène : Jacques Baratier lui confie le rôle d’un acrobate aliéné dans “Rien, voilà l’ordre”, et Robinson Savary le met en vedette dans “Bye Bye Blackbird” en trapéziste amoureux. Les deux films restent hélas confidentiels. Une occasion manquée aussi : il est du casting de “Flora Plum”, le film que Jodie Foster devait réaliser sur le cirque et qui a avorté. « Le cinéma n’était pas une évidence mais reste une nécessité, explique James Thiérrée. J’ai besoin de travailler pour d’autres créateurs, de ne pas être dans ma bulle, de pouvoir être interprète. C’est une vraie recherche artistique que je mène au cinéma par le jeu. D’autant plus que ce que je fais au théâtre n’accepte pas les mots. Mon parcours au cinéma a été un peu chaotique, j’ai pris un long chemin mais je crois que j’entre aujourd’hui dans un pays intéressant. »

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