Pourquoi?

avril 10, 2010

Pourquoi Gainsbourg a toujours la cote ?

Filed under: tout ou rien — marcos @ 12:55
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Le formidable Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar s’apprête à envahir les écrans, les chansons du grand Serge sont toujours aussi présentes sur les ondes, et les livres qui lui sont consacrés garnissent les rayons des librairies. Même les gens de la rue adoptent le look Gainsbourg. L’homme à la tête de chou serait-il donc toujours à la mode de chez nous ?

Vous l’avez peut-être remarqué : difficile d’écouter la radio sans tomber sur une chanson inoubliable du maître, et impossible aussi de ne pas tendre l’oreille vers quelque chose qui lui ressemble étrangement. En effet, la musique de Gainsbourg continue d’influencer les artistes actuels, comme le confirme Gilles Verlant, auteur de Gainsbourg, la biographie phare du compositeur : « Des Gainsbourg, on en croise dans la chanson, et même au plus haut niveau puisque le premier album de Carla Bruni était totalement “gainsbourien” dans l’esprit, et son interprète totalement birkinienne. On peut aussi parler de Keren Ann, ou de Benjamin Biolay, de Miossec depuis son premier disque, ou de Charlotte Gainsbourg qui sort un disque totalement dans l’esprit de son père – et pour cause, me direz-vous ! Mais aussi parce que Beck, qui a composé l’album, est totalement sous l’emprise de Melody Nelson et de l’oeuvre de Serge en général. » Les volutes de l’inspiration gainsbourienne envoûtent donc la jeune garde musicale française, mais pas seulement, puisque des chanteurs nippons comme Jon The Dog ou Kenzo Saeki, auto-surnommé “L’homme à la tête de sushi” en hommage au vrai, reprennent en boucle les morceaux de l’artiste. Comme Alain Delon, Gainsbourg est une star au Japon, où règne depuis longtemps une véritable Gainsbourg-mania. De plus, ses mélodies traversent régulièrement l’Atlantique, et c’est ainsi qu’on a retrouvé un morceau de La Javanaise dans le Da Vinci Code, ou un Laisse tomber les filles dans le Boulevard de la mort de Quentin Tarantino. Mais comment expliquer que 19 ans après sa disparition, l’influence de celui qui considérait la musique comme un art mineur par rapport à la peinture soit toujours aussi grande ? « Parce que c’est simplement l’un des plus grands, l’un des plus mythiques, et l’un des plus incroyablement modernes, rétorque Gilles Verlant. Gainsbourg invente une modernité qu’on n’a pas fini de rattraper aujourd’hui. » In the mode for love Incontestable génie musical, Gainsbourg n’est pas seulement le compositeur des chansons qu’on connaît, il est également le compositeur de sa propre image qu’il a su rendre indémodable. Aujourd’hui, on peut donc voir des Gainsbourg au coin des faubourgs, mais aussi des Gainsbarre au comptoir des bars, comme le souligne Gilles Verlant : « Baladez-vous cinq minutes dans la rue et vous allez croiser douze Gainsbourg, en l’occurrence des mecs qui sont lookés comme Serge. » Le Serge de la fin des années 60, début des années 70, la période dandy trendy où Gainsbourg, enfin sorti de son piano-bar, arborait le costume cintré avec un classicisme et une classe recherchés aujourd’hui par la jeunesse dorée. Un classicisme qu’il a su dévergonder au fur et à mesure des seventies en se décintrant au bras de sa compagne Jane Birkin, dont l’image lui est définitivement associée. En parallèle aux minijupes et aux shorts Birkin qui reviennent à la mode, il est désormais branché de porter des bottines Carvil et un trench Renoma en accord avec la période anglaise de Gainsbourg. Si les années 70 ont décoincé le monde entier, le libertaire que Gainsbourg était ne pouvait résister à ce souffle de liberté. Un souffle qui, comme bien souvent chez les hommes, a été doucement porté à son oreille par la voix d’une femme : sa muse Jane Birkin, à en croire Gilles Verlant. « Elle lui a dit : “Laisse-toi pousser les poils de la barbe, ça va joliment creuser ton visage. Tu portes des costumes trop classiques, tu peux porter ta veste Yves Saint Laurent mais avec un jean, et puis si le jean est effiloché, c’est pas grave. Et tu devrais te laisser pousser les cheveux pour cacher tes oreilles.” Et voilà ! Et ce look-là est devenu celui de Monsieur Tout-le-monde aujourd’hui. » Alors, un look de tête de chou, mais pas les pieds en choux-fleurs ! A l’expression “bien dans ses baskets”, Gainsbourg a substitué celle de “libre dans ses Repetto”. Des chaussures à la blancheur immaculée (les zizis, en hommage à Zizi Jeanmaire), que Gainsbourg a irrémédiablement adoptées comme le raconte Jean-Marc Gaucher, PDG de Repetto : « Un jour, Jane Birkin a vu une paire de zizis blanches dans le bac à soldes d’un magasin. Elle a acheté cette paire, il a mis ses pieds dedans, et jusqu’à son dernier jour, il n’a jamais quitté les Repetto. Il détestait le carcan des chaussures traditionnelles, et ce sont des chaussures pas très conventionnelles, comme son habit, comme son être, comme tout ce qu’il était. » Une attitude vestimentaire hors norme qui là encore, comme tout ce qui touche Gainsbourg, fait des émules, dixit Jean-Marc Gaucher : « Aujourd’hui il y a beaucoup d’artistes qui portent nos produits, et je pense que la première fois qu’ils achètent nos chaussures, c’est pour le lien qu’il y a entre la marque et Gainsbourg. »

L’élégance de l’irrévérence Mais ce qui fait que Gainsbourg est encore à la mode aujourd’hui, ce ne sont pas seulement ses rimes ou ses chemises denim. Non, c’est aussi son attitude cool et son irrévérence, avant-gardistes à l’époque, qui fascinent encore aujourd’hui, selon Gilles Verlant : « Ça fait partie de la légende et de la curiosité qu’il peut susciter auprès d’un public plus jeune. Ils ont 20 ans et découvrent un mec d’une liberté folle qui se permettait des choses que personne ne fait plus. Parfois c’était bien raté, on est d’accord, mais la plupart du temps c’était une image de liberté. Ne fût-ce que de chanter Love on the Beat ! » Même si aujourd’hui, à l’heure du politiquement correct, « il serait très malheureux, ne serait-ce que de ne pas pouvoir fumer au restaurant », conclut Verlant. Et nous tous de sourire en nous disant qu’il aurait sûrement osé, et qu’on lui aurait pardonné. Alors, à la question « Gainsbourg est-il à la mode ? », la réponse est : non ! Gainsbourg n’est pas à la mode, il est aux modes ! Il est chaque matin dans le pékin moyen qui se rebelle car il a la flemme de se raser, dans chaque histoire d’amour endiablée, dans chaque regard d’un père pour sa fille aimée, dans un nuage de fumée ou dans une bouteille trop entamée, dans une veste sans chemise portée, dans un aphorisme relevé, dans ses milliers de notes égrenées, et dans les sublimes paroles qu’il nous a laissées.

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