Pourquoi?

mai 9, 2011

Buzz et scoops Cannes 2011

Filed under: tout ou rien — marcos @ 6:23
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Les tsunamis nous submergent, les centrales nous atomisent, les dictatures s’écroulent… Bref, le monde continue de tourner – au propre comme au figuré – et d’exposer ses films dans la plus belle des vitrines : le Festival de Cannes. Entre les grands auteurs toujours présents, les stars glamour et les grosses machines impossibles à rater, on va encore se bousculer sur la Croisette ! Petit passage en revue des probables moments forts.

Cette année plus que jamais, le Festival de Cannes met les femmes à l’honneur. Et ce, dès l’affiche de cette 64e édition qui reprend une superbe photo de Faye Dunaway par le cinéaste Jerry Schatzberg : son visage angélique se détachant sur fond noir, ses jambes nues et interminables comme « des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie », pour citer François Truffaut… Un hommage à la beauté éternelle des grandes actrices. C’est d’ailleurs notre fière représentante du moment, la comédienne, chanteuse et bientôt réalisatrice Mélanie Laurent, qui ouvrira le bal le 11 mai en ajoutant comme corde à son arc celle de maîtresse de cérémonie. Un bal qui comptera plus de réalisatrices qu’à l’accoutumée, avec notamment la présence remarquée de Jodie Foster. Dans son Complexe du castor (hors compétition), elle réussit à faire jouer les ventriloques dépressifs à Mel Gibson. Tout aussi étrange, le premier film de Julia Leigh, Sleeping Beauty, dans lequel une étudiante rejoint le groupe des “beautés endormies” qui, contre rémunération, s’endorment et se réveillent sans savoir ce qui leur est arrivé pendant la nuit. Plus réaliste, We Need to Talk about Kevin de la Britannique Lynne Ramsay, sur une mère (Tilda Swinton) qui se remémore sa vie pour comprendre ce qui a conduit son fils à commettre l’irréparable. Réalisé par un homme, Radu Mihaileanu (Le Concert), La Source des femmes nous emmène dans un petit village d’Afrique du Nord où des porteuses d’eau (dont Leïla Bekhti, Hafsia Herzi et Hiam Abbass), se pliant à la tradition, se mettent à faire la grève de l’amour tant que les hommes ne mettront pas la main à la pâte. Autres femmes à l’honneur également, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg ou encore Charlotte Rampling, menacées par la collision imminente de la Terre avec une autre planète dans Melancholia, sous le regard de Lars Von Trier, un réalisateur qui sait pousser ses actrices dans leurs derniers retranchements. Une mobilisation féminine qui ne devrait pas manquer de séduire les quatre femmes du jury, avant que le Festival ne s’achève en beauté(s) avec la présence en clôture, sur scène et sur l’écran, de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni et Ludivine Sagnier, les héroïnes du fort bien nommé Les Bien-Aimés, nouvelle comédie musicale de Christophe Honoré (Les Chansons d’amour).

Mais un Festival de Cannes n’en serait pas un sans ses valeurs sûres. Ses “abonnés”, comme on dit. Ceux dont le président Gilles Jacob aime à suivre la filmographie sur plusieurs années, après leur avoir souvent mis le pied à l’étrier. Ceux dont on pense souvent : « Encore eux ! », mais qu’on a, mine de rien, toujours plaisir à retrouver. Symbole de ces dinosaures du septième art qui ne sont pas près d’être menacés d’extinction : Woody Allen qui, refusant toujours la compétition, a accepté cette fois-ci d’ouvrir les festivités avec son très attendu Minuit à Paris, où comment la capitale romantique va remettre en question la vie d’un futur jeune marié (Owen Wilson). Personne ne sait encore si cela est dû à la présence de Carla-Bruni Sarkozy au casting… Autre dinosaure, ibérique celui-ci : Pedro Almodóvar, qui retrouve son acteur fétiche Antonio Banderas pour en faire un chirurgien esthétique inventeur d’une peau artificielle dans La piel que habito. Une présence remarquée qui, aux côtés des déjà palmés d’or Lars Von Trier, des frères Dardenne pour leur Gamin au vélo, ou de Nanni Moretti pour son Habemus papam, a de quoi donner du piment à la compétition.

Pays organisateur de la compétition, la France se devait d’aligner des représentants de choix. C’est chose faite en la personne de Bertrand Bonello dont L’Apollonide, montrant le quotidien d’une maison close, risque de faire parler. Idem pour l’anticonformiste Alain Cavalier qui, avec son Pater, docu-fiction décalé avec Vincent Lindon dans son propre rôle, ne laissera pas indifférent. Egalement en lice, la jeune Maïwenn, saluée par la critique pour Le Bal des actrices, et qui avec Polisse s’immisce dans les coulisses d’une police pas si lisse.

Les surprises attendues Mais Cannes ne serait pas Cannes sans son lot de films que tout le monde attend et qui devraient créer l’événement, comme The Tree of Life de Terrence Malick. Le réalisateur aussi rare que culte (La Balade sauvage, Les Moissons du ciel, La Ligne rouge) s’offre ici un casting d’exception avec Brad Pitt et Sean Penn. Sean Penn qu’on retrouvera également, méconnaissable en ex-star du rock gothique décidant de venger son père décédé, dans This Must Be the Place. De quoi créer l’évé nement, mais peut-être moins que La Conquête de Xavier Durringer, sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, porté par un Denis Podalydès criant de mimétisme. Ceux qui rêvent d’une montée des marches commune – enfin, plutôt peu commune… – de Denis “Sarko” Podalydès et de Carla (pour le Woody Allen) devront sans doute se contenter de stars plus conventionnelles comme Johnny Depp et Penélope Cruz, à l’affiche de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence présenté hors compétition. Voire de Jean-Paul Belmondo à qui le Festival rend hommage cette année, ou de son successeur légitime dans le cinéma français, à savoir Jean Dujardin qui viendra défendre hors compétition The Artist, un film entièrement muet qui va sans doute faire grand bruit sur la Croisette. Et c’est ainsi qu’enivré par cette touche féminine du cru 2011, bluffé par les cadors du septième art, ou surpris par les jeunes qui osent, Robert De Niro, accompagné d’Olivier Assayas, d’Uma Thurman, de Johnnie To ou de Jude Law, remettra les prestigieux trophées aux heureux élus le soir du 22 mai. Avec une Palme d’or qu’on espère moins hermétique que l’an passé. Car si Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures se souvient effectivement de sa Palme d’or, le grand public, lui, n’a pas été tellement marqué. Ceci dit, s’il prenait à ce bon vieux De Niro de célébrer comme son prédécesseur Tim Burton un film improbable, un simple “You talking to me !” façon Taxi Driver suffirait à faire taire les critiques. Alors Bob, c’est à toi de jouer !

juin 24, 2010

Mafiosa : ça se corse !

Filed under: tout ou rien — marcos @ 7:38
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Après deux saisons en Provence, la série de Canal+ se tourne, pour la première fois, sur l’île de Beauté. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour le réalisateur et pour
les Corses, ça veut dire beaucoup. Explications.

Des montagnes découpées à la machette, molletonnées d’arbousiers, de bruyères et de myrtes, qui résonnent des cavales de bandits mythiques. Un fouillis de pins, de palmiers, de longues fleurs violettes et de lavandes qui dévorent des routes serpentines et cabossées. La Méditerranée fondue dans des horizons d’Italie, piquetée de ferrys et de voiliers. La Corse, enfin. La Haute-Corse, plus précisément. C’est ici que soufflent les derniers miasmes de la Brise de mer, la légendaire bande de malfaiteurs bastiais, baptisée ainsi d’après le nom du café du Vieux-Port où les gangsters avaient coutume de taper le carton. Ici, les balles de fusil sifflent plus souvent que la tramontane, les explosifs tonnent plus fort que l’orage : la guerre des clans est ouverte, le taux de mortalité du voyou est en hausse. Eric Rochant y tourne la troisième saison de “Mafiosa”, une série avec des truands bastiais qui s’envoient des amabilités balistiques.

Une “identité” qui coûte cher
Marre de faire semblant, de trafiquer le panorama marseillais en paysage corse, de transhumer ses héros dans la cité phocéenne, comme dans les deux premières saisons de “Mafiosa”. La Corse, il la voulait, il l’a eue : « C’était ma condition sine qua non pour tourner cette troisième année. Il fallait donner sa véritable identité à la série en filmant dans les décors réels. La Corse donne un autre éclairage aux personnages et aux intrigues. On comprend mieux ce qui se passe et toute l’équipe peut s’imprégner de l’ambiance. Et j’ai enfin la possibilité de filmer en plans larges. Bastia et ses alentours sont très cinématographiques : il y a un décalage entre la beauté de l’endroit et la décrépitude des bâtiments qui me fait penser à Naples ou à Tel-Aviv, et qui accroche la caméra. On est au coeur de “Mafiosa”. » On avait prédit que ça se passerait mal si le tournage avait lieu en Corse, qu’il y aurait des représailles. Qui ça, on ? Des gens. La rumeur. Quelles représailles ? « Allez savoir, en tout cas, c’est ce qu’on a dit », marmonne une source bien informée qui tient à l’anonymat. Pourtant, après deux mois et demi de prises de vues entre Bastia, Saint-Florent, Nonza, Tamarone, Sisco et Erbalunga, aucun bain de sang n’est à déplorer au sein de l’équipe. Il y a bien eu un dénommé Michelangeli qui s’est fait descendre et un restaurant en construction parti en fumée de son propre chef, mais personne ne les connaissait sur le plateau. « L’équipe a été très bien accueillie. Les gens d’ici sont contents que la série soit tournée en Corse, ne serait-ce que pour des raisons économiques », assure Michel Simongiovanni, le chef régisseur de “Mafiosa”, un autochtone certifié. « 500 figurants corses ont été embauchés, ainsi que 27 techniciens et 30 acteurs. Même si cela ne représente que 30 % de locaux sur l’ensemble de l’équipe, c’est un début. En dehors des documentaires, il y a peu de tournages sur l’île, or il faut bien que les techniciens se forment. Une série comme “Mafiosa” permet aux jeunes de s’initier à la technique. Sans compter qu’en période creuse cela fait vivre les hôteliers, les restaurateurs et les commerçants de proximité. Sur les 11 millions d’euros de budget, 3 ont été dépensés dans l’île. » Si les productions continentales rechignent à planter leurs projecteurs sur l’île de Beauté, c’est parce que tourner en Corse coûte cher. Très cher. Vols aller-retour des comédiens, matériel et loges transportés du continent, cantine transbahutée de Marseille, produits de base à prix élevés et défraiements de l’équipe à l’encan : même avec les 200 000 euros de subvention accordés par la collectivité territoriale de Corse (CTC), les producteurs de “Mafiosa”, Image & Compagnie et Canal+ ont senti passer l’addition. Corsée, elle était. « Comme on ne pouvait pas diminuer le nombre de jours de tournage, on a réduit le nombre d’acteurs et de décors. Cela dit, on est juste financièrement », convient Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction de Canal +. De quoi faire hurler Sylvain Ettori, le président fortement chevelu de Corsica Cinéma. En mars dernier, il fulminait à longueur de journaux qu’une série aussi prestigieuse puisse solliciter et obtenir une telle enveloppe de la CTC. « Une somme qui aurait fait le bonheur d’unités de production basées en Corse qui s’emploient à y développer durablement l’industrie cinématographique », assénait-il sur Corsematin.com. L’argument fait doucement rigoler la source haut placée, toujours aussi anonyme : en gros, Ettori cherche à se faire de la publicité. « En plus, il raconte n’importe quoi. 70 % des subventions de la CTC ont été allouées à des auteurs corses, soit 84 projets sur les 97 dernièrement soutenus. Il n’est pas question de faire de “Mafiosa” la vitrine de la Corse, mais il faut reconnaître que la série contribue à la culture corse. » D’après cette même source, même “L’Enquête corse”, l’adaptation cinématographique de la BD de Pétillon, avec ses flics de supérette, ses beuveries à l’alcool de myrte et ses guignolades encagoulées, y a contribué : « Les Corses ont détesté le film, mais on en a beaucoup parlé et cela a incité d’autres productions à venir tourner ici. C’est ce que l’île recherche, entre autres, pour améliorer son économie. La CTC tient à développer ses activités audiovisuelles, et elle s’y emploie depuis 2005, mais le processus prend beaucoup de temps. » Un autre personnage d’importance confie sous le sceau du secret que les critères pour accorder une subvention à “Mafiosa” ont été plus économiques que qualitatifs. Voix de rocaille et accent chantant, il soutient que la série donne une vision « caricaturale, manichéenne et affadie » du banditisme insulaire et des mouvances nationalistes. Il s’agace encore de cette histoire de mafia, alors qu’il n’y a que des clans en Corse, pas d’organisation mafieuse. Et puis, une femme à la tête d’un clan, d’une mafia – qu’on l’appelle comme on veut – c’est inimaginable dans un pays latin, voire très énervant, pour tout dire. Et de conclure : « Je sais que c’est une fiction et que le tournage ici est bénéfique à notre économie, mais les Corses sont très sensibles à l’image qu’on donne d’eux et de leur pays. Comme dans tous les pays à forte personnalité, il y a une grande réactivité. » Pierre Leccia, une sorte de falaise à crins poivre et sel, sait tout ça. Il est corse et journaliste. Il dénombre les macchabées troués à la chevrotine dans “Corse Matin”, il a des gens « qui ont pris des chemins de traverse » parmi ses fréquentations, et il n’aime pas qu’on montre les voyous corses comme des brutes épaisses. « Je ne connais ici aucun truand qui soit barbare comme ceux qui étaient dépeints dans la saison 1 de “Mafiosa”. Ce qui dérangeait les Corses, à l’époque, ce n’était pas qu’on y montrait des voyous, mais que les voyous y étaient représentés uniquement sous un mauvais jour, sans nuance. » Au fait, Leccia est aussi le coscénariste d’Eric Rochant depuis la saison 2, ceci (un Corse véritable au scénario) expliquant cela (des intrigues et des personnages nettement plus subtils). La troisième saison a d’ailleurs été écrite chez Pierre Leccia, sous le soleil de l’île et un déluge de faits divers. « Avec Eric, on s’est nourri de ce qu’on lisait dans les journaux, de mes souvenirs, des petites histoires que nous racontaient les uns et les autres. On a tricoté la bande de la Brise de mer avec celle de Jean-Jé Colonna, et, puisqu’on tourne enfin en Corse, on confronte Sandra Paoli, l’héroïne, à différents nationalistes, en faisant très attention à ne pas les caricaturer. L’idée étant de ne pas raconter de conneries, de se raccrocher à la réalité pour contrebalancer la fiction. » Sur le plateau, dans une villa avec piscine à débordement fichée sur les hauteurs de Bastia, entre montagne et mer, Jean-Michel Paoli (Thierry Neuvic) propose un coup à Mikael (Abraham Belaga), chef d’une bande de voyous sans code ni honneur. « Quel genre de coup ? demande le jeune truand. – Un fourgon. Parts égales pour tout le monde mais, pour tes potes, c’est juste une invite. Que les choses soient claires. C’est pas nos associés », rétorque Paoli. Silence de plomb. Tout cela va mal se terminer, à l’évidence. Perché dans un olivier, un oiseau glousse. En Corse, la fiction est toujours plus drôle que la réalité.

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