Pourquoi?

juin 14, 2011

Tommy Hilfiger au flagship des Champs-Elysées

Filed under: tout ou rien — marcos @ 7:13
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Pour les adeptes de la fashion, le shopping est définitivement une fête. Mais si en prime, on vous propose de vous y adonner dans un lieu étonnant privatisé pour l’occasion, avec quelque rafraîchissement en main, du bon son dans les oreilles – ici, celui du DJ Soulist –, et qu’on vous fait en prime bénéficier de prix d’amis, les choses prennent encore une autre tournure. C’est à cela qu’ont eu droit ceux qui nous ont rejoints le mois dernier pour découvrir plus avant l’univers du créateur-star Tommy Hilfiger, qui définitivement fait beaucoup parler de lui ces derniers temps. Pour lui, d’emblée, l’actu chaude du moment, c’est son investissement pour faire comprendre et apprécier au plus grand nombre le style « preppy », qui est, en résumé, l’ADN de sa maison et qu’il décline depuis plus de 25 ans dans ses collections. Un style intemporel, chic et frais dont beaucoup sont au fil du temps devenus assez familiers sans pour autant connaître ses origines, pas plus que celle de son nom, inspiré des fameuses « preparatories schools » US, peuplées d’étudiants athlétiques, vêtus de vrais basiques à la fois légers, modernes et de bon ton. Pour expliquer l’histoire de ce style vestimentaire majeur, Tommy Hilfiger s’est associé à Lisa Birnbach, auteur de l’ouvrage « Preppy Hand Book », avec laquelle il donne actuellement nombre de conférences dans diverses capitales (tout en faisant simultanément voyager une petite maison « pop-up », qui en son intérieur, reprend les codes chers au genre). L’auteure peut ainsi, lors de ces prises de parole, apporter son expertise sans faille sur le sujet, mais aussi décrire avec beaucoup d’humour ce mouvement de mode qui depuis une poignée de décennies a su faire le tour du monde, en s’adaptant aux particularités de chaque pays : « Les preppys sont tous un peu les mêmes, qu’on les appelle « Sloane Rangers », ou « BCBG », ils mènent une vie active dominée par le sport et les voyages, adorent leurs parents, leurs clubs, leurs cocktails, mais surtout leurs chiens. » Tommy Hilfiger au flagship des Champs-Elysées Le 12 mai dernier, A Nous Paris organisait dans le nouveau flagship Tommy Hilfiger sur les Champs-Elysées une shopping party pour découvrir les incontournables, les nouveautés et les éditions collectors de la marque-culte born in the USA. Reste que tout cela ne pouvait suffire et qu’il fallait ensuite une véritable mise en pratique de toutes ces théories fashion. C’est évidemment chose faite avec une collection capsule née en ce printemps, « The Prep World », qui aligne chaussures bateaux, veste d’été, anorak à capuche… Bref, rien que des indispensables. Parallèlement, Tommy Hilfiger a aussi créé une collection de mocassins avec la très célèbre marque américaine Bass, et, comme il n’y a pas non plus que le preppy dans la vie, le styliste s’est une fois de plus investi cette année auprès de Breast Health International. Accompagné par l’actrice Renée Zellweger, il a lancé un sac à main dont les bénéfices des ventes sont reversés à cet organisme qui lutte contre le cancer du sein. Une illustration de plus de ce que ce peut être que d’avoir la classe http///fr.tommy.com.

avril 4, 2011

Galeries Lafayette : la Parisienne

Filed under: tout ou rien — marcos @ 6:21
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Les Galeries Lafayette présentent actuellement une série d’événements autour d’une figure du style qui, depuis longtemps, fascine le monde entier : la Parisienne. L’occasion de se demander un peu ce qui fait d’elle un être tellement à part.

Sous la houlette d’Inès de la Fressange, chantre de l’élégance parisienne qu’on ne présente plus, le haut lieu de la capitale s’habille aux couleurs de celle que l’on dépeint tour à tour comme urbaine, bobo (oui, le mot s’utilise encore…), frondeuse, impertinente, râleuse, coquette, sophistiquée, gourmande, toujours chic : la Parisienne. C’est que le lien qui existe entre celle-ci et l’enseigne ne date pas d’hier. Car c’est en pensant à la femme du Paris haussmannien que Théophile Bader a décidé de fonder les Galeries Lafayette en 1893, en voulant mettre enfin la mode à la portée de toutes les élégantes potentielles qui naviguaient sur les Grands Boulevards ou aux alentours de l’Opéra. Et c’est probablement à cette période, appelée Belle Epoque, qu’est réellement né le mythe de l’habitante de “la plus belle ville du monde”, créature quasi divine au charme incomparable. Pour preuve, en 1900, à l’entrée de l’Exposition universelle, c’est une immense statue de Parisienne qui accueille les visiteurs. « Auréolée d’ampoules électriques, elle symbolise avec sa jupe étroite et son ample chapeau la ville phare de la mode, explique Florence Montreynaud, auteur du XXe siècle des femmes. Et de reprendre : « Point de mire du monde entier, la Parisienne est bien LA femme, du bout pointu de ses chaussures jusqu’au chapeau qui protège son teint du soleil. » Puis les décennies ont passé, et le mythe a réussi à perdurer. En démarrant l’écriture de leur petit guide intitulé Comment devenir une vraie Parisienne, best-seller depuis plus de dix ans, et donc fréquemment réactualisé, Irène et Hélène Lurçat s’étaient interrogées sur ce fameux idéal féminin. Menant l’enquête autour d’elles, et recueillant ainsi les impressions de stylistes, journalistes ou publicitaires, elles avaient découvert que le Top 3 des Parisiennes mythiques ne relevait pas d’un genre de femme spécifique. Au palmarès, donc, Arletty, Coco Chanel et Françoise Dorléac, soit point de grande révélation. De quoi se demander alors ce que signifie « être une vraie Parisienne » aujourd’hui.

« D’une manière qui n’est sans doute pas fortuite, nos interlocuteurs n’ont pas su répondre à cette question, si ce n’est en multipliant les traits de caractère parfois contradictoires, racontent les auteurs. La Parisienne a de l’esprit ; elle est élégante avec discrétion ; elle est cultivée, inconstante. Elle ne se laisse classer dans aucune catégorie. Elle aime la distance ironique. Elle contemple le reste du monde avec hauteur… » D’où une difficulté certaine, quand il s’agit de livrer un recueil de conseils pour en devenir une, tant tout cela semble devoir être quasi inné. Inès de la Fressange, récemment auteure d’un joli guide-carnet de tendances et d’adresses intitulé La Parisienne, rassure les possibles apprenties : « Il n’est pas nécessaire d’être née à Paris pour avoir le style de la Parisienne. J’en suis le meilleur exemple : je suis née à Saint-Tropez. Avoir l’attitude “made in Paris” est plus un état d’esprit. » Idem du côté de la chanteuse Dani, qui a sorti l’an passé un très bel album intitulé Le Paris de Dani. Estampillée parigote s’il en est, elle n’est pourtant arrivée ici qu’à l’âge de 19 ans. « Quand je suis venue de Perpignan à Paris, je suis allée tout voir : l’Arc de triomphe, la tour Eiffel, Le Louvre. Je suis allée partout, à pied, en métro, en bus. » Car la Parisienne se doit de connaître sa ville. Après, vraiment, tout est question d’aura. Ainsi, l’égérie du parfum “Parisienne à l’extrême” d’Yves Saint Laurent n’est-elle pas Kate Moss, pas vraiment du genre frenchie ? Reste, du coup, à suivre les leçons de style prodiguées par les divers experts.

Vous l’aurez compris, la recette miracle n’existe pas. Car, nous l’avons vu, il n’existe pas non plus de Parisienne type. Irène et Hélène Lurçat en dénombrent même des pelletées : la néo-bourgeoise rive gauche, l’intello hard, la branchée rive droite, la modeuse, la workaholic, la bio addict, la bébé fashion… L’idée est de créer son propre style, en piochant çà et là l’inspiration. Et ce, tout en respectant quelques règles correspondant au genre que l’on souhaite développer. C’est ce que proposent ainsi les Galeries Lafayette avec, jusqu’à la fin du mois, des vitrines consacrées aux différents quartiers de Paris (Montmartre, Beaubourg, Saint-Germain…), une mise en avant des pièces de mode iconiques parisiennes (la marinière, le trench, la chemise blanche, la petite robe noire…), et l’estampillage de vêtements et accessoires définitivement essentiels d’une cocarde “Approuvé par la Parisienne” apposée par Inès de la Fressange. Une habituée des Galeries puisqu’il y a plus de dix ans déjà, une rubrique du site internet du grand magasin lui était dédiée (sous le nom de “La Parisienne”, bien sûr). Plus étonnante, La Parisienne, roman, l’exposition de la Galerie des Galeries conçue par Sofia Achaval et Thibault de Montaigu, qui reconstitue l’appartement d’une femme à ce point chic que sa bande-son est concoctée par Bertrand Burgalat, ses oeuvres d’art dégotées par Catherine Millet, ses post-its et autres listes, griffonnées par Valérie Mréjen. De quoi trouver quelques idées, ou tout du moins respirer l’essence de la Parisienne rêvée. Si vous êtes une femme et que vous habitez la capitale, il est certain que vous aurez envie de jouer le jeu, ne serait-ce que pour comparer les choix proposés à ceux que vous avez déjà éprouvés. Et puis, pour celles qui manquent encore un peu d’assurance et n’évaluent pas bien leur potentiel de Parisienne accomplie, le mot de la fin revient à Inès de la Fressange : « Il suffit parfois de peu de chose pour obtenir un vrai style. En anglais, on l’appelle l’”effortless style”, le style sans effort. La condition requise ? Avoir confiance en soi… et sourire : tout passe toujours mieux quand on sourit ! »

octobre 5, 2010

La mode du vieux

Filed under: tout ou rien — marcos @ 3:49
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Design, mode, art de vivre, musique… Aujourd’hui, le vintage est partout, le passé est célébré en permanence mais surtout idéalisé. Cette tendance à regarder dans le rétroviseur en dit-elle long sur l’état actuel de notre société ? Etait-ce vraiment “mieux avant”, ou cette sempiternelle rengaine est-elle un leurre commun à chaque époque ? Tentative de décryptage.

les exemples sont nombreux : la mode des tenues vintage qui fleurissent aussi bien sur les étagères des friperies branchées que dans les chaînes de magasins les plus populaires, le retour en fanfare dans nos rues des cultissimes Vespa et des autos lookées “R8 Gordini”, la multiplication d’ouvrages retraçant « nos plus belles années » et de documentaires en hommage aux Swinging Sixties, le succès retentissant de films aux couleurs sépia comme “Les Choristes”, devenu l’étendard d’un certain ordre moral où les porte-plumes régnaient en maître dans les salles de classe, la célébration de la figure tutélaire du général de Gaulle par bon nombre d’hommes politiques qui s’en réclament à tort et à travers, ou la « mélancolie française » d’intellectuels en vogue qui n’hésitent pas à clamer qu’avant, c’était quand même mieux. Bref, qu’ils soient anecdotiques ou plus révélateurs, les exemples ne manquent pas lorsqu’il s’agit de pointer du doigt cette tendance tenace de la société à observer la vie d’aujourd’hui à travers le prisme du passé. Comme pour toutes les tendances, il y a du bon et du mauvais, et il faut donc faire le tri : si on préférera éviter les trips régressifs du style « je m’éclate comme un fou dans une boîte de nuit sur les tubes oldies de Chantal Goya en acclamant Casimir et Groquik sur la scène », ou les croisières dans lesquelles d’anciennes gloires yé-yé viennent saluer les copains et empocher leur chèque, on n’est pas contre le fait de se laisser aller à une petite madeleine de Proust. En clair : succomber à la nostalgie, qui n’est pas une mauvaise chose en soi à condition que ce sentiment ne nous conduise pas à l’aigreur et au conservatisme béat. Ainsi, lorsque le passé prend une place de plus en plus importante dans la société, on est en droit de s’interroger sur ce que cela révèle sur nous-mêmes et sur le climat général. Serions-nous en train, comme le disait Paul Valéry, d’entrer dans l’avenir à reculons ?

Un temps que les moins de 20 ans…

Si chacun a sa propre définition de l’“avant” (en général, un paradis perdu situé non loin de l’enfance), le terme est aujourd’hui plutôt employé pour parler des années 50, 60 et 70. Ces décennies, qui virent naître les notions de progrès et de modernité et qui posèrent les bases d’un monde dans lequel nous vivons encore, représentent une source créative intarissable pour des musiciens, designers ou scénaristes actuels. De plus en plus de romans, films ou séries mettent en scène ces décennies passées, comme si la société d’aujourd’hui ne méritait pas d’être traitée de façon artistique. Pour preuve, les 17 nominations aux Emmy Awards de “Mad Men”, série montrant les mutations de la société américaine des sixties. Ou, dans un autre genre, le plébiscite il y a quelques années de “That 70’s Show”, une sitcom qui suscita l’engouement d’un jeune public qui découvrait alors avec enthousiasme les joies des pattes d’eph, du mobilier kitsch et du Flower Power. Que certains quadragénaires se remémorent avec une nostalgie bon enfant la société ou la mode de leur jeunesse, il n’y a après tout rien de plus normal ; ce qui est plus surprenant, en revanche, c’est qu’une nouvelle génération semble prendre un malin plaisir à faire fonctionner la machine à remonter le temps.

« J’écoute de plus en plus souvent Nostalgie chez moi ou avec mon père en voiture », confie Emilie, tout juste 19 ans. « C’est à peu près la seule radio où tu es susceptible d’entendre encore des bons trucs », ajoute-elle tout en remarquant que « la culture populaire des années 50 à 70, c’est quand même mieux que la soupe que l’on nous sert aujourd’hui ». Bigre ! Si même les jeunes s’y mettent… Mettons les pieds dans le plat : si les baby-boomers égrènent leurs souvenirs avec délectation, et si même certains jeunes gens commencent à être nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue, c’est qu’il y a forcement une raison. La première, plutôt évidente, est économique et sociale. Vue d’ici, la vie dans les Trente Glorieuses paraissait douce et le futur, prometteur. Probablement lié à cette conjoncture économique favorable et à la sortie d’une guerre dévastatrice, l’état d’esprit était plus optimiste.

Un passé fantasmé ?

Etait, ou semblait ? La nostalgie ne servirait-elle pas de refuge à des sexagénaires qui commencent à regretter la vitalité de leurs 20 ans et ressentent le besoin de se rassurer, comme c’est le cas lors d’une remise en cause personnelle ? Mais aussi, plus généralement, en période de crise ? Selon un sondage de l’Insee pour “L’Expansion”, 68 % des Français trouvent qu’on vivait mieux avant, malgré la richesse par habitant qui a doublé depuis 1973 et l’espérance de vie qui a augmenté de six années. Plutôt paradoxal. « On semble oublier que la vie était dure, il n’y avait pas tous les progrès techniques ou médicaux que l’on a aujourd’hui », tempère Christian, 61 ans. « En ce moment, on entend dire que le pays est bloqué et que le futur est incertain, mais à mon époque c’était déjà la même ritournelle. » Alors, serions-nous trop enclins à idéaliser hier, à occulter les mauvais souvenirs pour fabriquer un passé recomposé ? « C’était mieux avant, ce n’est pas de la nostalgie, c’est un jugement », analysait cet été sur France Inter Henri-Pierre Jeudy, sociologue et chercheur au CNRS. « La nostalgie est atemporelle, ce n’est ni du ressentiment, ni du regret. Elle dégage une certaine poésie parce que l’on peut prêter à des choses qui se sont passées hier tout un univers imaginaire. Après, si c’était mieux avant, je n’en sais rien, mais j’ai toujours l’impression qu’il faut faire confiance à la manière dont une société se transforme. » Si les 60’s et 70’s tiennent depuis longtemps le haut du podium du “bon vieux temps”, les années 80, pourtant au départ si décriées, semblent à présent bien parties pour les détrôner. Logique, puisqu’une nouvelle génération a atteint l’âge acceptable pour s’adonner au plaisir nostalgique, comme l’illustre “France 80”, le premier roman de Gaëlle Bantegnie, dans lequel elle consigne avec obsession tous les détails (noms de produits, de personnalités…) qui ont marqué son enfance et façonné les eighties. De même, on a pu voir ces derniers temps une nuée de groupes ressortir du placard des sons et des looks typiques de cette décennie, confirmant l’adage selon lequel c’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure soupe. Mais ce recours de plus en plus systématique au passé ne servirait-il pas à masquer un manque d’inspiration ? Pas forcément, selon Maxime, musicien amateur de 31 ans : « En se remémorant l’environnement sonore dans lequel on a baigné durant notre enfance et en essayant d’imiter maladroitement nos aînés, on obtient quelque chose d’inédit et on se forge notre propre identité. De tout temps, ça s’est passé comme ça. » Des propos que venait confirmer le journaliste Jean-Emmanuel Deluxe dans ces pages : « Durant les sixties, il y avait déjà des revivals, par exemple les Beatles des débuts rendaient hommage aux pionniers du rock et les années 30 étaient à la mode. » Il soulignait néanmoins que « dans la musique comme dans l’art en général, c’est seulement en affichant ostensiblement ses influences que l’on arrive à les dépasser et à produire quelque chose de neuf ». Là réside probablement la clé : tirer les leçons du passé pour ne pas en reproduire les erreurs, accepter la disparition inéluctable d’un pan de notre histoire commune tout en s’évertuant à conserver ses acquis. En clair : prendre le meilleur d’hier (enthousiasme, goût pour l’innovation, envie de vivre ensemble) et s’en servir de socle pour la construction du futur. Tout un programme.

avril 19, 2010

Les grosses prennent le pouvoir

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On n’a jamais vu autant de femmes “en formes” dans la presse que ces derniers mois. Au point de se demander si le diktat de la maigreur n’est pas enfin en train de s’essouffler. Quelles sont les nouvelles initiatives pour faire en sorte que les rondes soient mieux représentées ?

mi-octobre 2009. La semaine des défilés parisiens vient de s’achever. Karl Lagerfeld, lors d’une interview accordée au magazine allemand Focus, lance une phrase assassine qui va faire le tour de la planète : « Personne ne veut voir de femmes rondes dans la mode ou sur les podiums. » Ces mots vont suffire à relancer l’éternel débat sur l’extrême maigreur de certains mannequins pendant les défilés. Polémique qui fut également ravivée après l’annonce faite au même moment par le magazine féminin allemand Brigitte d’arrêter de faire appel à des tops professionnels pour les remplacer par des femmes dites “normales”. Le choc des mots, le poids des photos ? Fin septembre, la députée UMP des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer s’est attiré les foudres de tous les professionnels de la presse avec sa proposition de loi sur les retouches photo. Son texte prévoit que toutes les images représentant des corps et qui auraient été retravaillées grâce à des logiciels comme Photoshop pour la presse et la publicité portent la mention “photo retouchée”. Son combat, derrière ce projet de loi difficilement applicable : lutter contre l’anorexie. A la manière des inscriptions sur les paquets de cigarettes, une mention spéciale peut-elle agir sur le cerveau de celles qui regardent ces photos et les rassurer quant à leur plastique ? Tout le monde sait que les photos dans la presse comme dans la publicité sont retouchées. Ne faut-il pas plutôt s’attaquer aux actuels standards de beauté de notre société ? Trois mois plus tard, le très branché magazine new-yorkais Visionnaire lance son premier numéro dédié aux rondes, son “size issue”. Une édition spéciale magnifiquement orchestrée par trois photographes de mode stars : Terry Richardson, Sølve Sundsbø et… Karl Lagerfeld. Ce dernier, n’ayant peur de rien et surtout pas du ridicule, a shooté Miss Dirty Martini, reine de l’effeuillage burlesque, sorte de Dita Von Teese en version ronde. Passons sur cet épisode grotesque avec le kaiser de la mode, puisqu’il n’y a, au final, rien de vraiment surprenant de sa part. Non, ce qui a surtout retenu notre attention dans ce numéro spécial de “V magazine”, c’est la série de Terry Richardson. Ce dernier a mis en parallèle, sur douze pages, la top Crystal Renn, véritable bombe aux courbes généreuses (la “plus size model”) et la fine Jacquelyn Jablonski (la “skinny model”). A chaque double page, un face-à-face très intéressant les oppose, alors qu’elles prennent la même pose et portent les mêmes vêtements. La ronde crève l’image loin devant la mince… Il est rare de voir ce genre de parallèle dans la presse de mode, et ce regard neuf, du style “la preuve par l’image”, venant d’un magazine underground, a fait l’effet d’une bouffée d’air frais. On aurait pu se dire qu’il s’agissait juste d’un coup médiatique et qu’au numéro suivant, exit les rondes… Le V a été sincère dans sa démarche : dans son édition suivante, Crystal Renn prenait à nouveau la pose en lingerie.

Un autre monde est possible
Et la vague médiatique a traversé l’Atlantique. Fin mars, le magazine Elle a sorti à son tour un numéro spécial rondes avec Tara Lynn, top rangée dans la case “plus size”, davantage connue aux States que par chez nous. La démarche, cette fois, si elle mérite d’être soulignée, reste au final un peu maladroite. Certes, c’est une grande première que Elle accorde une série de mode à une “vraie” ronde mais juste après un spécial minceur… On se demande bien, au final, quel message le magazine veut faire passer à ses lectrices. Et réaliser un tel numéro une fois par an pour s’acheter une sorte de bonne conscience, c’est un peu comme mettre en couverture un mannequin noir… Mais cela est-il normal ? Jouer la carte de la diversité esthétique dans ses formes, c’est aussi le pari du créateur anglais Mark Fast depuis deux saisons. On peut le traiter de fin démagogue, comme certains n’ont pas hésité à le faire dans ce petit milieu de la mode, puisque ce casting lui a valu de nombreux articles dans la presse internationale. Il n’est pas non plus le premier à avoir choisi pour son défilé des filles dont l’esthétique est plus proche de la rue et de ses normes que des podiums. Pour présenter ses dernières collections, Mark Fast a donc choisi de faire défiler à la fois des mannequins filiformes et des filles aux formes généreuses, des tailles 42 plutôt que 34… Même parallèle troublant. Les robes de Fast sont pourtant extrêmement moulantes et on ne peut s’empêcher de trouver ces femmes belles avec leurs petits ventres rebondis et leurs vraies hanches. Mais si les médias tentent de montrer une esthétique plus conforme à la réalité, le milieu de la mode est-il prêt à revoir ses canons de beauté ? Pas sûr. Nicolas, illustrateur, confie : « Malheureusement, les maisons de couture choisissent toujours les filles les plus maigres. Il y a une véritable surenchère qui n’est pas près de s’arrêter. Je me souviens d’un épisode récent assez surprenant venant d’un magazine féminin qui n’est pourtant pas obsédé par cela, contrairement à d’autres. Je rendais des dessins et on m’a demandé de corriger les bras d’une silhouette, jugés pas assez fins ! » Autre phénomène récent, on n’hésite plus à effeuiller les rondes dans la presse écrite, tout comme à la télévision. Il faut montrer du bourrelet, ne pas hésiter à les mettre en slip, voire à les exhiber complètement nues, pour mieux dire : « Regardez comme elles s’assument ». Si on reprend le spécial ronde de Elle où le sujet s’ouvre sur la mignonne Tara Lynn nue et installée lascivement sur une chaise en rotin, pourquoi avoir choisi de montrer en premier la nudité alors qu’il s’agit de mode ?

La télévision n’est pas en reste. Le programme de “coaching” de M6 intitulé Belle toute nue est un bon exemple du pire qu’on peut voir actuellement sur le sujet. Chaque émission présente une ronde complexée qui va être suivie par un pseudo-coach fin comme un haricot vert. Ce dernier l’aide à se déshabiller sous ses yeux, et donc les vôtres, puis la ronde en question se montre devant une file de femmes en petite culotte rangées de la moins ronde à la plus forte (humiliation suprême pour celle qui est en bout de chaîne, mais cela n’est pas le souci), afin qu’elle comprenne que oui, eh bien, elle n’est pas si grosse que ça…. L’émission, qui était calée en deuxième partie de soirée, est diffusée actuellement à une heure du matin… avant une disparition pure et simple des écrans ? Assumer son corps quand on est ronde, pas toujours simple… Même celles qui disent assumer, et qui se font porteparole, ont parfois aussi du mal. Un des meilleurs exemples est celui de la chanteuse américaine Beth Ditto, du groupe Gossip, qui a posé nue à plusieurs reprises pour diverses couvertures de magazines. Pourtant, cette dernière dira plus tard que le mensuel Love n’a pas hésité à utiliser Photoshop pour la rendre plus grosse qu’elle ne l’est en réalité… Une autre chanteuse à la renommée grandissante a aussi décidé de parler au nom des grosses. Il s’agit de Miss Platnum, Roumaine installée à Berlin, ronde et fière de l’être. Comme Beth, elle assume son poids et cultive avec ironie un look de pin-up. Les paroles de son premier tube, Give Me the Food, dans lequel la Miss clame son amour pour la nourriture, ont eu un tel impact pour celles qui se reconnaissent en elle qu’on peut les trouver sur certains forums ou blogs dédiées aux rondes. Demander aux rondes de s’aimer telles qu’elles sont avec leurs courbes, les montrer pour qu’elles osent à leur tour s’afficher, c’est le nouveau message que la société envoie, et qui donne envie de crier : « Big girls, you are beautiful ! »

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