Pourquoi?

décembre 6, 2010

My Fair Lady, la comédie musicale

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Héroïne de Broadway, de Londres et d’Hollywood, Eliza Dootlitte pose, ce Noël, ses valises à Paris. Le Châtelet sera-t-il à la hauteur de My Fair Lady, mythique comédie musicale ? Quelques indices, en coulisses du show…
Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Châtelet, se frotte les mains, et, une lueur espiègle dans les yeux, il raconte : « Quand Cameron Mackintosh (l’un des producteurs de comédies musicales britanniques les plus importants, à qui l’on doit Cats, The Phantom of the Opera, ou Les Misérables, ndlr) a vu ma distribution de My Fair Lady, il a dit : “C’est la dream team ! Une telle qualité de distribution, c’est inégalé !” J’ai même eu le sentiment qu’il était un peu jaloux. » Jean-Luc Choplin s’est imposé, à travers ses cinq saisons à la tête du théâtre, comme le champion du décloisonnement entre les genres : opéra tiré de film (La Mouche, de Cronenberg), opérette déjantée (Le Chanteur de Mexico avec Clotilde Courau), opéra contemporain pointu mâtiné de reality show (Pastorale, de Gérard Pesson) et, souvent pour Noël, une comédie musicale de Broadway, mythique, et où se rencontrent là aussi, tradition populaire anglo-saxonne et beaux chanteurs lyriques. My Fair Lady est considéré par beaucoup comme la comédie musicale parfaite : d’abord, elle est issue d’une pièce classique, Pygmalion, de George Bernard Shaw, elle-même inspirée d’un mythe grec. Et, fait rare, l’adaptation musicale a conservé une très grande partie du texte de Shaw, entre des chansons inoubliables. L’histoire d’Eliza Doolittle, pauvre vendeuse d’oeillets, qui prend son destin en main en demandant au riche professeur Higgins de lui apprendre à bien parler et le pari dudit professeur de la transformer en dame de la haute société constituent à la fois une fine critique du rigide système des classes sociales britannique et un formidable récit d’apprentissage. Et puis il y a l’Histoire : Julie Andrews faisant un tabac à Broadway, et Audrey Hepburn immortalisant à jamais le rôle d’Eliza pour Hollywood. « Quand je suis arrivé à la tête du Châtelet, le public connaissait surtout les comédies musicales à la française, peu celles de Broadway que je programme. My Fair Lady est la plus belle, comme un opéra, avec sa profondeur, sa complexité. Il fallait préparer le terrain. D’abord Candide, de Bernstein, en 2006, et puis West Side Story, On the Town et, l’année dernière, The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur), qui a fait l’unanimité du public et de la presse, ce qui est rare et surprenant. »

Pour assurer une continuité dans la qualité (et le succès bien sûr), Choplin a donc encore traqué les meilleurs ingrédients. Cela commence par Robert Carsen, metteur en scène d’opéra, théâtre et musicals fameux et raffiné qui s’est à son tour mobilisé pour s’entourer d’exception. Dramaturgie, lumières, décors et chorégraphies ont été confiés aux meilleurs dans leur partie. Un exemple? Anthony Powell, créateur de costumes oscarisé par trois fois et chéri aussi bien par Spielberg que Polanski. Idem pour les comédiens : peu connus en France, ils sont pourtant la crème de la scène britannique, comédie, opéra, et comédie musicale confondues. Le rôle d’Eliza est peut-être l’un des meilleurs rôles de femme à jouer, selon Carsen, car « il faut parcourir une grande distance entre les débuts, dans un accent cockney très dur, et la fin, où elle doit faire chanter un anglais très complet. » La jeune première, Sarah Gabriel (qui jouera le rôle en alternance avec Christine Arand), chanteuse lyrique, a été choisie par surprise, parmi 60 distinguées candidates. On comprend la « jalousie » du producteur Mackintosh. Sauf qu’il n’est pas si aisé de passer après le film culte de George Cukor, l’interprétation inoubliable d’Audrey Hepburn, les costumes extraordinaires de Cecil Beaton… Anthony Powell, 75 ans, en a été l’assistant, bien avant My Fair Lady. « C’était un génie. Sur le film, il a fait un travail tellement extraordinaire qu’il m’arrive d’entendre des gens dire que c’était un film sur les chapeaux ! En réalité, les chansons sont magnifiques et pleines d’esprit, et la pièce de Shaw parle de gens qui, en interagissant, grandissent et se découvrent. Beaucoup de choses avaient été coupées du film, qui seront présentes dans cette mise en scène. Les gens pourront voir la pièce comme elle est. »

Lorsque Robert Carsen, au tout début, lui fait part de son désir de déplacer l’intrigue dans le temps, Powell suggère 1930 (au lieu de 1914). « C’est une période très élégante, et la dernière qui représente les valeurs à l’ancienne. Dès 1935, les choses et les vêtements ont commencé à avoir une allure que l’on pourrait adopter aujourd’hui sans que ça choque. » Ce qui arrange Carsen : « l’avant-Seconde Guerre mondiale est une époque d’injustice politique et sexuelle, or Shaw est un défenseur des droits de la femme. Et puis, c’est une Angleterre qui a ensuite disparu. Avoir un accent “cockney” (typique de la classe ouvrière londonienne, ndlr) comme Eliza au début de la pièce était discriminant : elle ne pouvait pas être embauchée dans un vrai magasin de fleurs. Aujourd’hui, en Angleterre, les gens les plus célèbres, comme Lily Allen, ce sont justement les cockneys ! » Quant au sens de la pièce, Carsen a voulu, là encore, souligner sa vision. « C’est très curieux : dès la sortie de la pièce de théâtre, en 1914, Shaw a dû écrire deux articles pour justifier la fin de la relation entre Higgins et Eliza. » Le public s’était immédiatement approprié la pièce, et demandait un happy end. Ils finissent par l’obtenir en 1964, avec le film de George Cukor. Mais il affadit « ce que j’aime dans la pièce originale, admet Carsen : une femme qui prend sa vie en main ». Une promesse de satisfaire aussi bien les romantiques que les militants ? Pour ce qui est de faire du très beau, il fallait être collégial. Anthony Powell a imaginé 300 costumes simples et élégants , qui brilleront dans l’écrin d’un décor clair. Une surprise, voulue elle aussi par Carsen pour qui Londres est une ville lumineuse, loin des représentations obscures et touffues que l’on a souvent de son début de siècle. « Le plus surprenant, conclut Robert Carsen, c’est que j’ai commencé à travailler en pensant connaître la pièce. De fait, je connaissais les chansons par coeur. Mais je la redécouvre. Il y a quelque chose de miraculeux dans tout cela : une pièce sur l’élocution, ça ne devrait pas marcher ! Je suis chaque jour étonné par la qualité de la musique, des paroles. My Fair Lady est une sorte de chose parfaite, et sans aucun cynisme. Aujourd’hui, on essaie souvent de manipuler les sentiments du public avec des énormes machines. Là, la qualité vient surtout d’un vrai amour pour le genre, beaucoup de plaisir, et une écriture merveilleuse. ».

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juillet 14, 2010

Du Jazz à Paris

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Paris Jazz Festival
Les promeneurs paient juste le prix de l’entrée du Parc floral et assistent pendant tout l’été, le week-end, à des concerts de jazz gratuits. L’affiche est toujours alléchante, d’autant que la direction artistique est assurée par Sébastian Danchin, l’un des grands spécialistes de la musique américaine, capable aussi d’évasion. Il invite le joueur de oud tunisien Anouar Brahem (18 juillet), et le flamboyant chanteur funky et groove Anthony Joseph et son Spasm Band, qui pourraient devenir la prochaine attraction scénique de la musique noire. Un hommage sera rendu à Joe Zawinul, décédé il y a quelques années et fondateur de Weather Report (le 24). Le grand bassiste Richard Bona, à cheval sur les cultures jazz et africaine, vient quant à lui présenter son nouvel album, The Ten Shades of Blues (le 25). Cette édition 2010 du Paris Jazz Festival s’achève, le 1er août, par un concert original : l’accordéoniste Richard Galliano jouera les classiques de Jean-Sébastien Bach et du roi du tango Astor Piazzolla, son autre idole. La réconciliation de toutes les musiques.

Jusqu’au 1er août au Parc floral, esplanade du Château de Vincennes, 12e. M° Château de Vincennes. Concerts sous le chapiteau à 15 h et 16 h 30. Entrée du parc : 5 euros. Tél. : 01 48 72 32 97. http://www.parisjazzfestival.fr.

Jazz à la Villette
Ce festival de la fin d’été propose des croisements entre divers genres : house, groove, jazz, poésie… Le guitariste de néo-blues Marc Ribot et la bassiste funky Meshell Ndegeocello (le 31 août) voisinent avec le pianiste de fusion Chick Corea et le batteur Roy Haynes (le 2 septembre). Le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf (le 3), le clarinettiste klezmer David Krakauer et le formidable tromboniste Fred Wesley, ancien bras droit de James Brown (le 4), la chanteuse de soul anglaise Alice Russell pour une “session acoustique” (le 5) nous invitent à un voyage contrasté. Les amateurs de chemins de traverse musicaux devraient apprécier la rencontre du pianiste cubain Chucho Valdès et du saxophoniste free Archie Shepp (le 7), et du fantasque Gil Scott-Heron (pour ceux qui ont raté ses concerts au New Morning), précurseur du rap, chevalier du “spoken word”, avec le chanteur soul Saul Williams (le 8). Le feu d’artifice continue grâce au saxophoniste italien de hard bop Stefano Di Battista, et aupianiste soul Eric Legnini (le 9). D’autres noms figurent au programme : trois pianistes, Paul Bley (le 10), le Cubain Gonzalo Rubalcaba (le 11) et le moderne Robert Glasper (le 12) composent peutêtre la plus belle affiche qu’on ait vue du côté de la Villette.

Jazz à la Villette, du 31 août au 12 septembre à 20 h, à la Cité de la Musique, Grande Halle de la Villette et Cabaret Sauvage, 211, avenue Jean Jaurès, 19e. M° Porte de Pantin et Porte de la Villette. Et au Point Ephémère, 200, quai de Valmy, 10e. M° Jaurès. Tél. : 01 44 84 44 84. http://www.jazzalavillette.com.

Festival All Stars
Comme tous les ans, le New Morning accueille son festival “All Stars”, où se succède un florilège de noms prestigieux qui ont marqué l’histoire. Le 12 juillet, le bassiste Ron Carter pose ses valises, à la tête du Golden Strike Trio, avec le grand pianiste Mulgrew Miller et le guitariste Russell Malone. On enchaîne avec le guitariste de blues Joe Louis Walker, énorme technicien, passionnel et incisif (le 15), le pianiste new-yorkais d’origine portoricaine Eddie Palmieri et son jazz latino (le 16), le saxophoniste David Sanborn, inventeur du jazz suave, (le 20), et enfin le combo new-yorkais de hip hop, soul et reggae, Brooklyn Funk Essentials (le 21). On ne peut aussi que conseiller le concert de l’organiste Booker T. Jones, une figure de la soul, créateur du fameux classique Green Onions avec le guitariste Steve Cropper (malheureusement, il ne sera pas là), et qui fut le pilier de la maison Stax pendant les années 1960 (le 22). Et ce n’est pas fini : voici le guitariste de jazz-blues Robben Ford, ancien compagnon de route de Miles, aux côtés du saxophoniste Bill Evans (le 23). 0n citera aussi le puissant saxophoniste James Carter (le 24), le turbulent tromboniste funk Fred Wesley (le 26), le formidable trompettiste Roy Hargrove, l’un des meilleurs musiciens de sa génération (les 27 et 28), et le pianiste franco-américain Jacky Terrasson (le 29). Le mois d’août ne nous laissera pas respirer davantage puisque, le 7, se produit Spencer Bohren, spécialiste néo-orléanais de la lap steel guitar, entre blues du Sud et country. Pour cette fête, le New Morning s’est mis à l’heure d’été : les concerts commencent à 21 h 30.
Festival All Stars, en juillet et août à 21 h 30, au New Morning, 7-9, rue des Petites Ecuries, 10e. M° Château d’Eau. Tél. : 01 45 23 51 41.

10e Festival Jeunes Talents
Rendez-vous désormais incontournable pour les amateurs de musique classique en juillet à Paris, Le Festival Jeunes Talents bat son plein depuis la fin de la semaine dernière. Mais il reste encore beaucoup de rendezvous à savourer. Depuis une décennie, la manifestation s’attache à promouvoir et à faire collaborer entre eux de jeunes musiciens européens. Si le grand répertoire romantique demeure un axe essentiel de la programmation, celle-ci a su au fil du temps s’ouvrir tant à la musique baroque qu’au contemporain : la présence d’un “compositeur invité” en témoigne. Après Karol Beffa l’an dernier, c’est au tour d’oeuvres de Bruno Mantovani de constituer le fil rouge d’une 10e édition où tous les goûts trouveront à se satisfaire. Une belle diversité qui s’exprime d’ailleurs de façon surabondante le 14 juillet à l’occasion d’un “concert surprise” constitué de dix mini-récitals en tous genres (la soprano Léa Sarfati, les pianistes François Dumont, Marie Vermeulin, la flûtiste Anna Besson, la violoncelliste Claire- Lise Démettre, etc.). Dixième anniversaire oblige ! Avec sept concerts par semaine jusqu’à la fin du mois, le mélomane n’aura que l’embarras du choix, de l’excellent Trio Cérès (15/07) au Quatuor Tercea associé à la pianiste Varduhi Yeritsyan (20/07), du très prometteur violoncelliste Victor Julien-Laferrière en dialogue avec Claire Désert (16/07) au tandem Bogdanovic/Bizjak (22/07), ou de l’ensemble baroque Les Ombres (21/07) à la soprano Gaëlle Arquez (29/07) qui conclut le festival 2010 par un éclectique programme de mélodies, lieder et songs.

10e Festival Jeunes Talents, jusqu’au 29 juillet (sauf le lundi) à 20 h (16 h et 18 h le dimanche), à l’Hôtel de Soubise-Archives nationales, 60, rue des Francs-Bourgeois, 3e. M° Hôtel de Ville. Tél. : 01 40 20 09 34. Places : 5-15 euros. Programmation détaillée : http://www.jeunes-talents.org.

Festival de l’Orangerie de Sceaux
Le piano et la musique de chambre forment l’identité du Festival de l’Orangerie de Sceaux. Pour cette 41e édition, la jeune génération occupe une place de choix. Dès dimanche prochain, le magnifique pianiste Romain Descharmes se produit en récital dans Scriabine, Ravel et Schumann, avant qu’on ne retrouve par la suite le Duo Bizjak, Isabelle Faust ou le Cuarteto Casals. Mais les aînés ne sont pas pour autant oubliés : Philippe Bianconi, Jean-François Heisser, Dame Felicity Lott et le Quatuor Voce par exemple sont eux aussi de la fête d’ici au 12 septembre.

Orangerie du Parc de Sceaux (92). RER B, arrêt Bourg-la-Reine. Tél. : 01 46 60 07 79. Tous les concerts les samedis et dimanches à 17 h 30. Places : 5-30 euros. http://www.festival-orangerie.fr.

juillet 5, 2010

you-s.fr, le web jeune

Filed under: blogs — marcos @ 4:43
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Lancé seulement depuis janvier dernier, You’s est un tout jeune site… jeune. Vous aurez compris le jeu de mots. Imaginé par Maxime Rozencwajg, 20 ans tout juste, il propose des articles et surtout beaucoup d’interviews, mais aussi de plus en plus d’événements qui visent tous à prouver qu’il ne faut pas mésestimer les post-teenagers : ils ne manquent certainement pas de centres d’intérêt.

Au départ, Maxime avait choisi d’étudier le cinéma et l’audiovisuel à la fac, à Paris, à Censier. Mais bon, en fait, ce n’était pas trop sa tasse de thé. Le cursus était long, et il avait envie de faire des choses concrètes tout de suite, de travailler sur des projets qui l’intéressaient vraiment, de rencontrer des gens différents, de mener des équipes, et puis aussi, pourquoi pas d’écrire, parce qu’en fait, c’est surtout ça qui lui plaisait. Restait à savoir que faire de tout ça, sans formation spécifique, sans financement et avec en prime, forcément au vu de son âge, pas beaucoup d’encouragements (si ce n’est de ses parents qui, coup de chance, l’ont toujours soutenu dans ses projets). De quoi le motiver plus que le freiner, vu que pour lui, définitivement, la valeur n’attend pas le nombre des années. « On dit souvent que la jeunesse ne s’intéresse pas à grand-chose ou alors juste au “binge drinking” et à ce genre de trucs… J’avais bien envie de revaloriser son image ! » Vient alors l’idée du site, un webzine qui recenserait les projets et réalisations d’artistes jeunes (« Mais bon, ça peut aller parfois jusqu’à l’âge canonique de 35 ans, voire plus si les créateurs sont passionnés ! ») Aidé de son amie Oriane, il passe une annonce, recrute cinq acolytes de 19 à 22 ans ultra-motivés, même s’ils savent que pour le moment, il n’est pas question d’être rémunérés. La petite rédaction est formée et l’aventure peut démarrer.

Pas simple cependant d’attirer des créateurs quand on a juste un embryon de site à faire valoir. Ca commence donc par des chroniques de disques, d’événements, et puis petit à petit, les journalistes en herbe commencent leurs carrières d’intervieweurs. Musique, mode, graphisme, photo, théâtre, et même cinéma, même si « là, ce sont les plus durs à convaincre. » A ce jour, You’s est ainsi parti à la rencontre d’une centaine d’artistes. Certains sont déjà bien installés, comme les Naive New Beaters, DatA ou SO ME qui vient de réaliser le dernier clip de MGMT ; d’autres sont vraiment le fruit d’un beau travail de défricheurs, notamment en mode où la sélection est des plus pointue et intéressante. Mais qu’il s’agisse de figures émergentes ou d’autres bénéficiant maintenant d’une bonne petite notoriété, le principe est le même : celui de la découverte. Celle d’un travail ou celle d’un autre aspect d’une personnalité. « Par exemple, les Shades étaient souvent présentés juste comme l’une des groupes de la vague “baby rockers”. Nous avons voulu voir au-delà de ça. » Et c’est à force d’aller dans ce sens que la communauté se soude et s’agrandit, avec. 1 300 fans sur Facebook, « des jeunes de partout et de tous les styles qui ont envie de s’ouvrir à plein de choses », mais aussi les artistes eux-mêmes, qui, au fur et à mesure, « deviennent des amis ».

Ceux-là acceptent de venir jouer gracieusement dans les soirées organisées ou co-organisées par le webzine (la prochaine, neuvième événement recensé, et justement nommé « We are the future », se tiendra à Paris chez Moune le 30 juin, en partenariat avec le collectif Class 84), ou d’y proposer des happenings, comme de la customisation de chaussures avec la marque The Cassette. Mais les projets ne s’arrêtent pas là, et il semblerait que certains clubs prestigieux et autres concept-stores ou médias de la capitale soient d’ores et déjà sur le coup. A venir même peut-être bientôt,une version papier du site, qui s’appellerait “Les Carnets de You’s”, mais pas avant d’avoir trouvé quelque investisseur. Parce que le chemin est long, mais tout de même déjà pas mal tracé. Rappelons que You’s est tout jeune. Six mois à peine, mais c’est un beau bébé.

avril 19, 2010

Les grosses prennent le pouvoir

Filed under: tout ou rien — marcos @ 7:52
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On n’a jamais vu autant de femmes “en formes” dans la presse que ces derniers mois. Au point de se demander si le diktat de la maigreur n’est pas enfin en train de s’essouffler. Quelles sont les nouvelles initiatives pour faire en sorte que les rondes soient mieux représentées ?

mi-octobre 2009. La semaine des défilés parisiens vient de s’achever. Karl Lagerfeld, lors d’une interview accordée au magazine allemand Focus, lance une phrase assassine qui va faire le tour de la planète : « Personne ne veut voir de femmes rondes dans la mode ou sur les podiums. » Ces mots vont suffire à relancer l’éternel débat sur l’extrême maigreur de certains mannequins pendant les défilés. Polémique qui fut également ravivée après l’annonce faite au même moment par le magazine féminin allemand Brigitte d’arrêter de faire appel à des tops professionnels pour les remplacer par des femmes dites “normales”. Le choc des mots, le poids des photos ? Fin septembre, la députée UMP des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer s’est attiré les foudres de tous les professionnels de la presse avec sa proposition de loi sur les retouches photo. Son texte prévoit que toutes les images représentant des corps et qui auraient été retravaillées grâce à des logiciels comme Photoshop pour la presse et la publicité portent la mention “photo retouchée”. Son combat, derrière ce projet de loi difficilement applicable : lutter contre l’anorexie. A la manière des inscriptions sur les paquets de cigarettes, une mention spéciale peut-elle agir sur le cerveau de celles qui regardent ces photos et les rassurer quant à leur plastique ? Tout le monde sait que les photos dans la presse comme dans la publicité sont retouchées. Ne faut-il pas plutôt s’attaquer aux actuels standards de beauté de notre société ? Trois mois plus tard, le très branché magazine new-yorkais Visionnaire lance son premier numéro dédié aux rondes, son “size issue”. Une édition spéciale magnifiquement orchestrée par trois photographes de mode stars : Terry Richardson, Sølve Sundsbø et… Karl Lagerfeld. Ce dernier, n’ayant peur de rien et surtout pas du ridicule, a shooté Miss Dirty Martini, reine de l’effeuillage burlesque, sorte de Dita Von Teese en version ronde. Passons sur cet épisode grotesque avec le kaiser de la mode, puisqu’il n’y a, au final, rien de vraiment surprenant de sa part. Non, ce qui a surtout retenu notre attention dans ce numéro spécial de “V magazine”, c’est la série de Terry Richardson. Ce dernier a mis en parallèle, sur douze pages, la top Crystal Renn, véritable bombe aux courbes généreuses (la “plus size model”) et la fine Jacquelyn Jablonski (la “skinny model”). A chaque double page, un face-à-face très intéressant les oppose, alors qu’elles prennent la même pose et portent les mêmes vêtements. La ronde crève l’image loin devant la mince… Il est rare de voir ce genre de parallèle dans la presse de mode, et ce regard neuf, du style “la preuve par l’image”, venant d’un magazine underground, a fait l’effet d’une bouffée d’air frais. On aurait pu se dire qu’il s’agissait juste d’un coup médiatique et qu’au numéro suivant, exit les rondes… Le V a été sincère dans sa démarche : dans son édition suivante, Crystal Renn prenait à nouveau la pose en lingerie.

Un autre monde est possible
Et la vague médiatique a traversé l’Atlantique. Fin mars, le magazine Elle a sorti à son tour un numéro spécial rondes avec Tara Lynn, top rangée dans la case “plus size”, davantage connue aux States que par chez nous. La démarche, cette fois, si elle mérite d’être soulignée, reste au final un peu maladroite. Certes, c’est une grande première que Elle accorde une série de mode à une “vraie” ronde mais juste après un spécial minceur… On se demande bien, au final, quel message le magazine veut faire passer à ses lectrices. Et réaliser un tel numéro une fois par an pour s’acheter une sorte de bonne conscience, c’est un peu comme mettre en couverture un mannequin noir… Mais cela est-il normal ? Jouer la carte de la diversité esthétique dans ses formes, c’est aussi le pari du créateur anglais Mark Fast depuis deux saisons. On peut le traiter de fin démagogue, comme certains n’ont pas hésité à le faire dans ce petit milieu de la mode, puisque ce casting lui a valu de nombreux articles dans la presse internationale. Il n’est pas non plus le premier à avoir choisi pour son défilé des filles dont l’esthétique est plus proche de la rue et de ses normes que des podiums. Pour présenter ses dernières collections, Mark Fast a donc choisi de faire défiler à la fois des mannequins filiformes et des filles aux formes généreuses, des tailles 42 plutôt que 34… Même parallèle troublant. Les robes de Fast sont pourtant extrêmement moulantes et on ne peut s’empêcher de trouver ces femmes belles avec leurs petits ventres rebondis et leurs vraies hanches. Mais si les médias tentent de montrer une esthétique plus conforme à la réalité, le milieu de la mode est-il prêt à revoir ses canons de beauté ? Pas sûr. Nicolas, illustrateur, confie : « Malheureusement, les maisons de couture choisissent toujours les filles les plus maigres. Il y a une véritable surenchère qui n’est pas près de s’arrêter. Je me souviens d’un épisode récent assez surprenant venant d’un magazine féminin qui n’est pourtant pas obsédé par cela, contrairement à d’autres. Je rendais des dessins et on m’a demandé de corriger les bras d’une silhouette, jugés pas assez fins ! » Autre phénomène récent, on n’hésite plus à effeuiller les rondes dans la presse écrite, tout comme à la télévision. Il faut montrer du bourrelet, ne pas hésiter à les mettre en slip, voire à les exhiber complètement nues, pour mieux dire : « Regardez comme elles s’assument ». Si on reprend le spécial ronde de Elle où le sujet s’ouvre sur la mignonne Tara Lynn nue et installée lascivement sur une chaise en rotin, pourquoi avoir choisi de montrer en premier la nudité alors qu’il s’agit de mode ?

La télévision n’est pas en reste. Le programme de “coaching” de M6 intitulé Belle toute nue est un bon exemple du pire qu’on peut voir actuellement sur le sujet. Chaque émission présente une ronde complexée qui va être suivie par un pseudo-coach fin comme un haricot vert. Ce dernier l’aide à se déshabiller sous ses yeux, et donc les vôtres, puis la ronde en question se montre devant une file de femmes en petite culotte rangées de la moins ronde à la plus forte (humiliation suprême pour celle qui est en bout de chaîne, mais cela n’est pas le souci), afin qu’elle comprenne que oui, eh bien, elle n’est pas si grosse que ça…. L’émission, qui était calée en deuxième partie de soirée, est diffusée actuellement à une heure du matin… avant une disparition pure et simple des écrans ? Assumer son corps quand on est ronde, pas toujours simple… Même celles qui disent assumer, et qui se font porteparole, ont parfois aussi du mal. Un des meilleurs exemples est celui de la chanteuse américaine Beth Ditto, du groupe Gossip, qui a posé nue à plusieurs reprises pour diverses couvertures de magazines. Pourtant, cette dernière dira plus tard que le mensuel Love n’a pas hésité à utiliser Photoshop pour la rendre plus grosse qu’elle ne l’est en réalité… Une autre chanteuse à la renommée grandissante a aussi décidé de parler au nom des grosses. Il s’agit de Miss Platnum, Roumaine installée à Berlin, ronde et fière de l’être. Comme Beth, elle assume son poids et cultive avec ironie un look de pin-up. Les paroles de son premier tube, Give Me the Food, dans lequel la Miss clame son amour pour la nourriture, ont eu un tel impact pour celles qui se reconnaissent en elle qu’on peut les trouver sur certains forums ou blogs dédiées aux rondes. Demander aux rondes de s’aimer telles qu’elles sont avec leurs courbes, les montrer pour qu’elles osent à leur tour s’afficher, c’est le nouveau message que la société envoie, et qui donne envie de crier : « Big girls, you are beautiful ! »

avril 10, 2010

Pourquoi Gainsbourg a toujours la cote ?

Filed under: tout ou rien — marcos @ 12:55
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Le formidable Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar s’apprête à envahir les écrans, les chansons du grand Serge sont toujours aussi présentes sur les ondes, et les livres qui lui sont consacrés garnissent les rayons des librairies. Même les gens de la rue adoptent le look Gainsbourg. L’homme à la tête de chou serait-il donc toujours à la mode de chez nous ?

Vous l’avez peut-être remarqué : difficile d’écouter la radio sans tomber sur une chanson inoubliable du maître, et impossible aussi de ne pas tendre l’oreille vers quelque chose qui lui ressemble étrangement. En effet, la musique de Gainsbourg continue d’influencer les artistes actuels, comme le confirme Gilles Verlant, auteur de Gainsbourg, la biographie phare du compositeur : « Des Gainsbourg, on en croise dans la chanson, et même au plus haut niveau puisque le premier album de Carla Bruni était totalement “gainsbourien” dans l’esprit, et son interprète totalement birkinienne. On peut aussi parler de Keren Ann, ou de Benjamin Biolay, de Miossec depuis son premier disque, ou de Charlotte Gainsbourg qui sort un disque totalement dans l’esprit de son père – et pour cause, me direz-vous ! Mais aussi parce que Beck, qui a composé l’album, est totalement sous l’emprise de Melody Nelson et de l’oeuvre de Serge en général. » Les volutes de l’inspiration gainsbourienne envoûtent donc la jeune garde musicale française, mais pas seulement, puisque des chanteurs nippons comme Jon The Dog ou Kenzo Saeki, auto-surnommé “L’homme à la tête de sushi” en hommage au vrai, reprennent en boucle les morceaux de l’artiste. Comme Alain Delon, Gainsbourg est une star au Japon, où règne depuis longtemps une véritable Gainsbourg-mania. De plus, ses mélodies traversent régulièrement l’Atlantique, et c’est ainsi qu’on a retrouvé un morceau de La Javanaise dans le Da Vinci Code, ou un Laisse tomber les filles dans le Boulevard de la mort de Quentin Tarantino. Mais comment expliquer que 19 ans après sa disparition, l’influence de celui qui considérait la musique comme un art mineur par rapport à la peinture soit toujours aussi grande ? « Parce que c’est simplement l’un des plus grands, l’un des plus mythiques, et l’un des plus incroyablement modernes, rétorque Gilles Verlant. Gainsbourg invente une modernité qu’on n’a pas fini de rattraper aujourd’hui. » In the mode for love Incontestable génie musical, Gainsbourg n’est pas seulement le compositeur des chansons qu’on connaît, il est également le compositeur de sa propre image qu’il a su rendre indémodable. Aujourd’hui, on peut donc voir des Gainsbourg au coin des faubourgs, mais aussi des Gainsbarre au comptoir des bars, comme le souligne Gilles Verlant : « Baladez-vous cinq minutes dans la rue et vous allez croiser douze Gainsbourg, en l’occurrence des mecs qui sont lookés comme Serge. » Le Serge de la fin des années 60, début des années 70, la période dandy trendy où Gainsbourg, enfin sorti de son piano-bar, arborait le costume cintré avec un classicisme et une classe recherchés aujourd’hui par la jeunesse dorée. Un classicisme qu’il a su dévergonder au fur et à mesure des seventies en se décintrant au bras de sa compagne Jane Birkin, dont l’image lui est définitivement associée. En parallèle aux minijupes et aux shorts Birkin qui reviennent à la mode, il est désormais branché de porter des bottines Carvil et un trench Renoma en accord avec la période anglaise de Gainsbourg. Si les années 70 ont décoincé le monde entier, le libertaire que Gainsbourg était ne pouvait résister à ce souffle de liberté. Un souffle qui, comme bien souvent chez les hommes, a été doucement porté à son oreille par la voix d’une femme : sa muse Jane Birkin, à en croire Gilles Verlant. « Elle lui a dit : “Laisse-toi pousser les poils de la barbe, ça va joliment creuser ton visage. Tu portes des costumes trop classiques, tu peux porter ta veste Yves Saint Laurent mais avec un jean, et puis si le jean est effiloché, c’est pas grave. Et tu devrais te laisser pousser les cheveux pour cacher tes oreilles.” Et voilà ! Et ce look-là est devenu celui de Monsieur Tout-le-monde aujourd’hui. » Alors, un look de tête de chou, mais pas les pieds en choux-fleurs ! A l’expression “bien dans ses baskets”, Gainsbourg a substitué celle de “libre dans ses Repetto”. Des chaussures à la blancheur immaculée (les zizis, en hommage à Zizi Jeanmaire), que Gainsbourg a irrémédiablement adoptées comme le raconte Jean-Marc Gaucher, PDG de Repetto : « Un jour, Jane Birkin a vu une paire de zizis blanches dans le bac à soldes d’un magasin. Elle a acheté cette paire, il a mis ses pieds dedans, et jusqu’à son dernier jour, il n’a jamais quitté les Repetto. Il détestait le carcan des chaussures traditionnelles, et ce sont des chaussures pas très conventionnelles, comme son habit, comme son être, comme tout ce qu’il était. » Une attitude vestimentaire hors norme qui là encore, comme tout ce qui touche Gainsbourg, fait des émules, dixit Jean-Marc Gaucher : « Aujourd’hui il y a beaucoup d’artistes qui portent nos produits, et je pense que la première fois qu’ils achètent nos chaussures, c’est pour le lien qu’il y a entre la marque et Gainsbourg. »

L’élégance de l’irrévérence Mais ce qui fait que Gainsbourg est encore à la mode aujourd’hui, ce ne sont pas seulement ses rimes ou ses chemises denim. Non, c’est aussi son attitude cool et son irrévérence, avant-gardistes à l’époque, qui fascinent encore aujourd’hui, selon Gilles Verlant : « Ça fait partie de la légende et de la curiosité qu’il peut susciter auprès d’un public plus jeune. Ils ont 20 ans et découvrent un mec d’une liberté folle qui se permettait des choses que personne ne fait plus. Parfois c’était bien raté, on est d’accord, mais la plupart du temps c’était une image de liberté. Ne fût-ce que de chanter Love on the Beat ! » Même si aujourd’hui, à l’heure du politiquement correct, « il serait très malheureux, ne serait-ce que de ne pas pouvoir fumer au restaurant », conclut Verlant. Et nous tous de sourire en nous disant qu’il aurait sûrement osé, et qu’on lui aurait pardonné. Alors, à la question « Gainsbourg est-il à la mode ? », la réponse est : non ! Gainsbourg n’est pas à la mode, il est aux modes ! Il est chaque matin dans le pékin moyen qui se rebelle car il a la flemme de se raser, dans chaque histoire d’amour endiablée, dans chaque regard d’un père pour sa fille aimée, dans un nuage de fumée ou dans une bouteille trop entamée, dans une veste sans chemise portée, dans un aphorisme relevé, dans ses milliers de notes égrenées, et dans les sublimes paroles qu’il nous a laissées.

avril 7, 2010

7 ans d’Institubes

Filed under: tout ou rien — marcos @ 8:06
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L’Enfer a ressurgi de nulle part, et il paraît que c’est une bonne nouvelle. Comme quoi tout tourne de travers dans ce monde fou, fou, fou. C’est Dante qui doit être content, lui qui sa vie durant n’a eu de cesse d’amasser les condamnations et les indignations des prélats de l’Eglise romaine parce que ses écrits philosophiques livraient une vision “poétique et hédoniste” du purgatoire et de ses tourments. Pourtant, plus de 700 ans après, les petits malins de la génération électronique française 2.0 le lui rendent bien. Parce qu’en 2010, l’Enfer ne terrorise plus les pécheurs. Au contraire, on y célèbre avec une délectation régénératrice tous les plaisirs. La faute (?) aux délictueux pourvoyeurs de fantasmes électro du groupe TTC. On connaissait déjà les Teki Latex, Cuizinier et autres Para One, détourneurs de bon sens et de moralité avec leurs disques extravagants, pleins de confusion sonore et de potacherie bon enfant, leur esthétique de la vie recyclée à travers les clips d’MTV et leurs délires de mangas nippons espiègles. En programmant à l’Enfer leur festival marquant les sept ans d’existence de leur laboratoire Institubes, les gugusses les plus rigolos de la planète électro/hip hop française nous révèlent une vérité que l’on avait presque oubliée : la souffrance peut parfois mener à la jouissance. Détournant le postulat cher à Jean-Paul Sartre, selon lequel « l’enfer, c’est les autres », le crew Institubes veut fortement croire à l’idée que tout cela peut aussi être une vraie “Party de plaisir”, du nom de l’album sorti par Teki Latex en 2007. Et l’on se surprend à vouloir être d’accord lorsque l’on jette un coup d’oeil aux invités censés mener cette bacchanale annoncée à un train d’enfer. Boys Noize, Surkin, Chateau Marmont, Das Glow, Tacteel et Para One, Modeselektor, Clap Mike… Voilà une programmation qui promet aux clubbers les plus féroces et aux zombies de la vie parisienne interlope les plus chaudes et convulsives des nuits en Enfer. Une célébration de la déliquescence des corps et de l’esprit qui devrait nous faire remonter l’amoral en flèche. Peutêtre que quelqu’un devrait envoyer un SMS à Dante pour qu’il vienne à cette énorme sauterie. Sûr que ça lui filerait une pêche d’enfer !

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