Pourquoi?

février 14, 2011

Le Palace, toujours un phare dans la nuit ?

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Ancien temple de la nuit parisienne dans les années 80, le mythique Palace fut aussi un haut lieu de la culture rock en France. Rouvert il y a trois ans, peut-il redevenir une place forte de la scène musicale underground parisienne ? Les paris sont lancés…

Lundi 7 février 2011, 21 heures. Une centaine de personnes à l’enthousiasme poli s’agglutinent dans la rue du Faubourg Montmartre. Dans quelques minutes, Daniel Darc, l’ex-chanteur de l’emblématique groupe new wave français Taxi Girl, désormais en solo, va faire sa réapparition sur une scène parisienne. Et le lieu qu’il a choisi n’est sûrement pas dû au seul hasard. Le Palace, Daniel Darc, Mirwais Ahmadzaï, Laurent Sinclair et Pierre Wolfsohn y avaient gravé leur empreinte de rockeurs romantiques et sulfureux en 1979, à l’occasion d’un concert chaotique en première partie des Talking Heads, au cours duquel le chanteur s’était ouvert les veines pour réveiller un public apathique. Plus de trente ans après, tout le monde semble s’être assagi. La prestation musicale limpide et intimiste de Darc devant un public chauffé à blanc par sa générosité et ses émotions brutes livrées sans fard (enthousiasme non feint et humour maladroit qui finissent définitivement par nous mettre la larme à l’oeil) nous laisse sous le charme. En quittant les lieux, une question semble suspendue à toutes les lèvres : et si le Palace était redevenu cette antique Mecque d’un art original, ambitieux et authentique ? Depuis sa réouverture en 2008 sous le haut patronage des frères Vardar, une douce vague brassant nostalgie et espoirs les plus fous colle aux basques de ce Palace “nouvelle version”, dont les légendes se font, se défont et renaissent de plus belle. « Roland Barthes avait donné son explication sur la fascination qu’exerce depuis longtemps le Palace », nous explique Benoît Sabatier, journaliste, écrivain et observateur attentif des mutations de la nuit parisienne. « Le Palace n’est pas une “boîte” comme les autres : il rassemble dans un lieu original des plaisirs ordinairement dispersés : celui du théâtre comme édifice amoureusement préservé, la jouissance de la vue ; l’excitation du Moderne, l’exploration de sensations visuelles neuves, dues à des techniques nouvelles ; la joie de la danse, le choix de rencontres possibles… Tout un dispositif de sensations destiné à rendre des gens heureux, le temps d’une nuit. Le nouveau, c’est cette impression de synthèse, de totalité, de complexité : je suis dans un lieu qui se suffit à lui-même. »

Le Palace reste un temple des plaisirs unique dans l’histoire culturelle de Paris. D’abord salle de music-hall à sa création en 1923, cinéma en 1946 puis théâtre de 1975 à 1978, cet endroit aux cent visages a écrit les plus belles et les plus sauvages pages de son histoire à l’orée des années 80, lorsqu’il entama sa mue prophétique en haut lieu de la nuit parisienne. Une oasis flamboyante où mondains internationaux, stars du showbusiness, grands de ce monde et noctambules aguerris recréaient tous les soirs un univers parallèle à la mesure de leurs fantasmes. Oui, c’était le bon vieux temps vous diront les plus anciens, une sidérante époque sur laquelle soufflait un incroyable vent de liberté. Un âge d’or qui perdura jusqu’en 1983 grâce à la personnalité unique et aux visions géniales de Fabrice Emaer, sémillant maître des lieux, qui imprégna l’endroit de ses menées utopiques et de sa fibre esthétique. Si aujourd’hui encore le Palace personnifie comme aucun autre endroit en France la célébration cathartique et l’exubérance, il fut aussi – voire surtout – le terrain privilégié des expérimentations et démonstrations artistiques les plus osées. Sa légende, étroitement liée aux mouvements musicaux underground de la fin des années 70 et du début des années 80, fut alimentée par la multitude de musiciens et groupes qui s’y produisirent. « C’était un savoureux mélange d’artistes qui voulaient redonner une place fondamentale à la musique. Blondie, Robert Palmer, Elliott Murphy, Robert Fripp, Tom Waits, Mink DeVille, Johnny Winter y donnèrent leurs premiers concerts parisiens. La programmation était éclectique. Ça allait de Bette Midler à Etta James, Esther Phillips, Natalie Cole ou encore, le 25 juin 1978, Dillinger, en présence de la star Bob Marley. On y a vu également les Talking Heads, Siouxsie & The Banshees, Prince, les B-52’s, Iggy Pop, les Cars, Sparks, Bow Wow Wow, UB40, Spandau Ballet, U2… A côté de ces concerts, tous les rockers et stars de la pop de passage à Paris se rendaient au Palace, de Keith Richards à Gary Numan, de Mick Jones à Visage, en passant par Klaus Nomi », nous rappelle Benoît Sabatier.

Mais le passé est le passé… Aujourd’hui une telle volonté de poser les jalons d’une vraie révolution underground n’est pas à l’ordre du jour pour les nouveaux propriétaires. « Notre ligne de programmation est basée sur l’humour et les artistes de one-man show. Nous ne connaissions rien des “années Palace” avant de reprendre la direction du lieu. Heureusement, d’ailleurs, sinon je pense qu’on aurait eu trop peur », explique Hazis Vardar, le directeur. Une fin de non-recevoir que confirme notre confrère journaliste : « Le Palace était synonyme de branchitude. A l’époque, les branchés étaient des marginaux. Je n’ai pas l’impression que le Palace du XXIe siècle ait une programmation qui favorise le “nouveau” ou l’“alternatif”, puisque n’y ont toujours pas été invités de nouveaux artistes comme Aladdin, Paris, Alexandre Chatelard, Yann Wagner, Service, Young Michelin, Koudlam, Bon Voyage, Catholic Spray, Apollo, Mustang, Mohini, Sydney Valette, bref le meilleur du “made in France” contemporain… L’orientation choisie, Christophe ou Daniel Darc, me semble correspondre aux voeux des programmateurs : faire du Palace un lieu ni plus ni moins comme la Cigale, avec une caution plus chic. Reste que le concert de Christophe était du tonnerre. » Le chemin semble encore long avant qu’une nouvelle génération de musiciens français investisse le Palace, sur les pas de leurs glorieux aînés… A croire que nous n’avons pas fini d’entendre que c’était vraiment mieux avant.

avril 6, 2010

James Thiérrée, un libre artiste

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Le génial créateur de “La Symphonie du hanneton”, petit-fils de Charlie Chaplin, envoûte le dernier Gatlif, “Liberté”, qui évoque le génocide des Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale.

quiconque a déjà vu James Thiérrée sur scène a été témoin de la musique si particulière qui habite ce comédien. Comment raconter l’univers de cet artiste, entre bestiaire fantastique, conte de fées et numéro de clown ? En allant voir “Liberté”. Ici, le réalisateur de “Gadjo Dilo”, Tony Gatlif, offre un écrin à ce baladin jusqu’alors mal exploité par le cinéma. En Tzigane un peu barré au coeur de la tourmente, James Thiérrée est le grain de folie du film autant que son essence. Comme un écho à la folie meurtrière des nazis qui décimera la communauté gitane. Taloche – c’est le nom de son personnage – sort par les fenêtres, danse avec la terre et joue du violon comme on dit bonjour. Autant de talents que l’acrobate, trapéziste et musicien Thiérrée maîtrise parfaitement. « Avec Taloche le fou, je pense que Tony Gatlif contrebalançait le côté un peu plus institutionnel de ce film en costume qui traite d’un sujet grave avec des personnages classiques comme l’institutrice, le résistant. Il avait besoin de trouver un personnage qui éclate le cadre. Du coup, avec son aval, j’ai pu me permettre de libérer l’irrationnel. » Il était temps que cet acteur unique en son genre trouve un rôle à sa mesure au cinéma. Jusqu’à présent, il y avait deux James Thiérrée. Celui que les cinéphiles ont peu vu et la star qui remplit les théâtres de spectateurs émerveillés par sa virtuosité. Il faut dire qu’il est quasiment né sur une piste du cirque, celui de ses parents, Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin. Son père est un clown poète, un magicien ébouriffé, qui repousse les limites de l’imagination dans ses numéros. Sa mère est la fille de Charlie Chaplin. Fildefériste accomplie, elle conçoit des costumes aussi loufoques que poétiques qu’elle transforme au gré de ses acrobaties. À la naissance de James, en 1974, les parents abandonnent tigres et chevaux pour créer, en précurseurs, Le cirque imaginaire. Très vite, James et sa soeur Aurélia rejoignent le duo parental sur la piste. « J’ai commencé ma carrière comme accessoire volontaire. Enfermé dans une boîte avec ma soeur ! »

Cirque et cinéma

Auprès des troupes qu’il côtoie sur la route, il apprend l’acrobatie, le trapèze, le violon, la bicyclette… Au hasard des escales, il fréquente aussi les écoles de théâtre de Milan, Paris ou Boston. « En fait, rigole-t-il, à force de picorer, je suis devenu professionnel de rien. Je ne suis ni un grand acrobate, ni un super trapéziste, ni un acteur rompu par les leçons de théâtre ! » Très vite, pourtant, il a l’idée de créer son spectacle après avoir quitté naturellement Le cirque imaginaire. En 1998, à 24 ans, il lance “La Symphonie du hanneton”. Un ovni qui mêle danse, mime, acrobaties et costumes à facettes multiples créé par sa mère. Paris le découvre en 2003, au Théâtre de la Ville et, avec lui, les médias. « L’inventeur d’un théâtre onirique, physique et animalier », selon l’expression si juste du “Monde”, est devenu une star de la scène. Il est couvert de Molière, joue son deuxième spectacle, “La Veillée des abysses”, à guichets fermés, puis “Au revoir parapluie”. Avec “Raoul”, son premier solo créé l’an dernier, il nous a régalés d’un théâtre presque métaphysique où un homme s’est enfermé dans une tour et se bat contre son double. On pense à Beckett, à Pirandello. On rit beaucoup aussi. Le bestiaire a envahi la scène pour devenir décor toujours avec la complicité de Victoria Chaplin. Et puis, il y a le comédien de cinéma comme étouffé par le cadre. Certes, il fait ses débuts chez Peter Greenaway dans Prospero’s Books avec « des plans séquences complètement dingues, avec des gens à poil partout », mais il faudra l’arrivée d’une bonne fée – Coline Serreau – pour véritablement le lancer dans l’arène. « Je lui ai parlé de cirque, de trapèze et de violon – trois de ses passions – et le courant est passé. Elle m’a pris sous son aile. » La réalisatrice de “Trois hommes et un couffin” l’intègre même à sa tribu. Dans “La belle verte”, elle le prend pour fils et exploite son aisance au trapèze. Dans “18 ans après”, il compose un Américain boutonneux et maladroit qui se révèle excellent danseur et violoniste. Deux réalisateurs tenteront encore de transposer à l’écran ce qu’il est sur scène : Jacques Baratier lui confie le rôle d’un acrobate aliéné dans “Rien, voilà l’ordre”, et Robinson Savary le met en vedette dans “Bye Bye Blackbird” en trapéziste amoureux. Les deux films restent hélas confidentiels. Une occasion manquée aussi : il est du casting de “Flora Plum”, le film que Jodie Foster devait réaliser sur le cirque et qui a avorté. « Le cinéma n’était pas une évidence mais reste une nécessité, explique James Thiérrée. J’ai besoin de travailler pour d’autres créateurs, de ne pas être dans ma bulle, de pouvoir être interprète. C’est une vraie recherche artistique que je mène au cinéma par le jeu. D’autant plus que ce que je fais au théâtre n’accepte pas les mots. Mon parcours au cinéma a été un peu chaotique, j’ai pris un long chemin mais je crois que j’entre aujourd’hui dans un pays intéressant. »

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